Souvenirs du Pathé Paris (2)

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« Ça braillait, ça fumait et ça tapait souvent dans les dossiers. » [En photo : Les Nerfs à vif, 1991]

L’Américaine

Le Pathé Paris sur l’avenue Jean Médecin et la rue de Paris, en plein centre de Nice, a toujours été, du moins depuis que je le fréquente, c’est-à-dire les années quatre-vingt-dix, un cinéma à la réputation difficile. ‘Ah non, j’y vais pas au Pathé Paris, c’est le cinéma des racailles !’, entendais-je des spectateurs les plus méfiants.

Cinéma populaire et très passant, et le plus près de chez moi, le multiplexe attirait le plus jeune public de Nice et probablement le plus indulgent. En temple du frisson et de l’humour potaches, de la génération « Blair Witch » et « American Pie », sa programmation était commerciale et débraillée comme nulle part ailleurs. Même s’il lui arrivait quelques fois de miser sur des films moins attendus et de les proposer à de rares séances en version originale sous-titrée, comme encore récemment « Good Time » (2017) des frères Safdie, cinéastes qui n’avaient encore jamais bénéficié de grandes sorties à Nice, le Paris est resté jusqu’au bout fidèle à la diffusion en version française.

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eXistenZ 2 « Quand on commence à choisir ce que l’on veut aller voir, certaines informations, comme l’horaire des séances, finissent par prendre autant d’importance dans le souvenir que les films eux-mêmes. » [Recto et verso du ticket pour Existenz]

A l’ombre du Pathé Masséna, cinéma à la cinéphilie nettement plus métissée situé quelques mètres plus bas face à l’entrée du centre commercial Nice-Étoile, de l’Église Notre-Dame, tout près, et de la gare des trains Thiers, un des quartiers les plus sauvages de Nice, le Paris était certainement le cinéma le mieux placé sinon disposé pour la programmation de films d’horreur… Entouré aussi d’une ribambelle de fast-foods, qui n’a jamais cessé de proliférer aux alentours, et de magasins tout-venant, à l’exception de la Fnac et il y a un temps d’un Disc’king à deux pas du Paris (où j’avais acheté la cassette d’« A bout de souffle » ; aussitôt vu, aussitôt détesté et jamais revu depuis, malgré mon large intérêt pour l’homme aux cigares), sa réputation de fast-food du cinéma de l’avenue Jean Médecin n’était pas volée.

Ça serait mentir que de dire qu’on ne craignait pas un peu d’y aller, au Paris, ou au Masséna aussi, que j’ai vu se transformer plus d’une fois en basse-cour frénétique. Je n’oublierai pas de si tôt la séance de « Quasimodo d’El Paris » (1999) dans la grande salle du Masséna durant laquelle on s’était reçu, des rangées derrière nous, un cocktail de gouttelettes de crachats, de pop-corns et de pièces de centimes, alors de Francs !

Il est vrai que nombreux venaient au Paris faire leurs intéressants : ça braillait, ça fumait et ça tapait souvent dans les dossiers. Je me souviens d’un samedi après-midi, pendant « The Hole » (2001) je crois, où un groupe c’était mis à fumer au niveau des premiers rangs. Des bandes venaient commenter les films en s’encanaillant et en ricanant très fort, ce qui avait le don de provoquer chez les spectateurs les plus excédés, mais aussi les moins effrayés par ce type de comportements, de véritables poussées de colère. Et il n’était pas rare que ces derniers parviennent à leurs fins, avec l’aide du personnel : faire déguerpir ces bandes du cinéma au moins pour cette fois. Bien que je n’en ai jamais vraiment voulu aux perturbateurs de séance, je savais où j’étais et j’y étais habituée, je dois reconnaître que le calme retrouvé dans la salle, après leur départ et les quelques rouspèteries de fin de match, était d’une satisfaction inestimable.

C’est au Pathé Paris qu’on m’avait traînée voir les Poiré-Clavier : « Les Visiteurs » (1993) d’abord, décidés par le succès du film, puis « Les Anges gardiens » (1995), hallucinants de vulgarité, certes, mais pas déplaisants pour autant. On m’embarquait au Paris voir des films que je n’aurais pas touché des yeux autrement et que je n’ai, pour la plupart, jamais revus, comme « Independance Day » (1996), qui m’aura vacciné, peut-être à vie, des grosses machineries apocalyptiques. Quand on commence à choisir ce que l’on veut aller voir, certaines informations, comme l’horaire des séances, finissent par prendre autant d’importance dans le souvenir que les films eux-mêmes« S1m0ne » (2002) : le mercredi de sa sortie à 14 heures. « Haute voltige » (1999) : vendredi 18 heures après l’école. « Le Masque de Zorro » (1998) : le dimanche après-midi à la séance familiale de 16 heures.

Le Paris, je l’associe, pour les acteurs, avant tout aux films avec DiCaprio, ou du moins à cette période fatale de 1996-1998, quand toutes celles que je connaissais affichaient sa binette sur les murs de leur chambre. Assez dépassée par le phénomène, j’ai longtemps préféré regarder le DiCaprio à peine majeur de « Blessures secrètes » ou de « Gilbert Grape », celui qui pouvait paraître mon âge, plutôt que le grand héros romantique sacrifié, qu’il ne fut d’ailleurs quasiment plus par la suite au cinéma. J’ai dû aller voir au Paris « Titanic » (1997) au moins une fois, mais aussi « Basketball Diaries » (1995), « Basketball diarrhée » pour les intimes, un inédit sorti après « Titanic », très certainement « Celebrity » (1998), « L’Homme au masque de fer » (1998) aussi, si ce n’est « Roméo + Juliette » (1996). Bien des années après, les dicapriettes en moins, je suis revenue au Paris pour le deuxième Scorsese-DiCaprio, « Aviator »  (2004), et pour leur troisième ensemble, « Les Infiltrés » (2006), vu deux fois en version française avec un son du diable, conclusion en feu d’artifice de cette généalogie pathé-parisienne de l’acteur.

Une vie volée
« Une vie volée (1999), vu en solitaire le premier dimanche d’avril 2000 en fin d’après-midi, un de mes plus beaux souvenirs du Pathé Paris. » [Recto du ticket ci-dessus et verso ci-dessous]
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En hoffmanophile précoce, après « Docteur Patch » (1998) vu au Masséna sans rien remarquer, la découverte, encore inconsciente, de Philip Seymour Hoffman, avant qu’il ne passe quasiment plus qu’au Masséna et au Rialto, eut lieu pour moi au Paris trois fois en 2000 et, je m’en rends compte aujourd’hui, au cours d’un seul et même mois ! « Magnolia » était en effet sorti le 1er mars 2000 et j’y étais allée ce jour-là. « Le Talentueux M. Ripley » le 8, attirée par de mauvaises critiques, je n’avais pas hésité à m’y rendre dès le lendemain de sa sortie. Et « Personne n’est parfait(e) » le 15, le surlendemain je devais déjà y être. S’agissant de la prise de conscience de l’acteur en tant que tel, elle se déroula dans un autre cinéma et loin de l’avenue Jean Médecin, environ un an après les trois sorties successives et entre temps celle de « Presque célèbre », au Rialto, à la première séance, soit en ce temps-là de 9 heures et demi, de « Séquences et conséquences ». Evénement impensable, mon dernier et dix-neuvième film avec Hoffman dans le circuit des nouveautés se déroula très sèchement sept mois et quelques après sa mort : mercredi 17 septembre 2014, jour de sortie d’« Un homme très recherché », au Pathé Masséna, qui eut l’honneur de la plus grande salle.

Qui d’autre au Paris ? Nicolas Cage, acteur Paris par excellence mais que je n’ai pas suivi longtemps. J’avais vu avec lui « Family man » (2000) le jour de Noël, « Les Associés » (2003), enchaîné un samedi après-midi après un Bruno Dumont, mon premier, au Rialto (« Twentynine Palms », ce fut dur), et, plus de dix ans après, « Joe » (2013), un samedi après-midi printanier. Sinon des Soderbergh (qui m’aura fait voyager jusqu’au Pathé Lingostière pour un film refoulé du Pathé Paris, « Piégée » en 2012, à quinze kilomètres de là), et une bonne louchée : « Erin Brockovich » (2000), « Traffic » (2000), « Solaris » (2002), « Contagion » (2011), «  Effets secondaires » (2013) et « Logan Lucky » (2017).

La salle 1, la plus petite du cinéma, située juste après les caisses et la desserte à pop-corns, est la salle du Paris où je suis allée le plus souvent, enfin c’est ce que je pense ! Les films qui ne restaient qu’une semaine ou qui en dernière semaine ne passait qu’à 22 heures, mon rayon, avaient en effet de grandes chances d’y être projetés. La 1 était la seule salle du multiplexe dans laquelle on entrait par devant. Ce qui avait quelque chose d’intimidant et d’élégant à la fois : passer devant tout le monde, s’il y en avait… C’était aussi la salle des âmes perdues et des sons perdus, je n’en dirais pas plus. J’y ai savouré, avec une possible fierté niçoise « L’Homme de la Riviera » (2002), tourné notamment non loin du Pathé Paris aux environs de la gare, avec terreur « L’Armée des morts » (2004) et plus simplement « Chez nous c’est trois » (2013), le dernier film en date de Claude Duty, dont la filmographie fut du cent pour cent Paris.

La salle 1 s’était récemment dotée de sièges très inclinés fruits d’une erreur de commande par le cinéma. La dernière fois que j’ai dû y pénétrer ça devait être pour voir « Lady Bird » en 2018, en version originale, chronique lycéenne parfumée aux années deux mille, années et époque indissociables pour moi du Pathé Paris. Des séchages matinaux, souvent heureux (« Ghosts of Mars », quand même !) et des films mettant en scène des personnages d’adolescents plus vieux que moi, comme dans « Une vie volée » (1999), vu en solitaire le premier dimanche d’avril 2000 en fin d’après-midi, un de mes plus beaux souvenirs du Pathé Paris.

« Les Lois de l’attraction » (2002) est sans doute le meilleur film que j’y ai vu et celui qui y fut le plus mal reçu. Il fallait sentir et entendre la gêne dans cette salle en ce samedi matin de mars 2003 : le public, rameuté par la promotion manifestement mensongère du film, ne savait absolument pas comment réagir devant le spectacle tant désordonné que désenchanté qui s’offrait à lui. N’y étant pas allée seule, et n’étant pas seule à l’avoir aimé, le film fut l’objet d’une longue discussion après la séance au McDo voisin.

Des frousses, j’en ai eues pas mal au Paris. Notamment grâce au son Dolby Digital, le plus puissant de la ville (le THX n’était pas mal non plus au Variétés, surtout à l’époque de « Jurassic Park », qui avait fait trembler chacun de mes 7 ans). « Il faut sauver le Soldat Ryan » (1998), « L’Enfer du dimanche » (1999), « Ali » (2001) ou « Walk the line » (2005) demeurent en cela des séances inégalées. Des grandes salles peu remplies j’en ai aussi connues, surtout l’été, saison autrefois propice aux séries B visionnées dans l’ultra fraîcheur de salles devenues igloos, en compagnie de monstres en tous genres. Bestioles (« Lake Placid »), croques-mitaines (« Jeepers creepers ») et… vielles gloires d’Hollywood, comme celles réunies dans ces « Potins mondains & amnésies partielles » (2001) : Warren Beatty, dont ce fut la dernière sortie française, Diane Keaton, Goldie Hawn et quelques autres acteurs qui ont peu à peu disparus des grands écrans pour rejoindre directement les vidéo-clubs.

Carte Pathé
Automne 2000. L’une des premières cartes délivrées de France, après six heures de queue !
Carte Pathé 2
Plus tard, la carte est devenue valable dans tous les cinémas Pathé et même, comble, dans certaines salles art et essai de la capitale.

Mes venues au Paris se sont raréfiées au milieu des années deux mille.

Quelque chose qui me manquera de ce cinéma ? Traverser fissa, en retard donc, le couloir de l’entrée déjà vide. Passer devant les larges affiches encadrées puis les miroirs en face à face donnant l’illusion que nous sommes trois à courir vers les caisses. Dire le titre du film dans un souffle essoufflé et me diriger vers la salle 1 (bien sûr), juste à côté, mon ticket d’abonné Pathé, que je fus, dans la main, déchiré à moitié par l’ouvreur dépêché.

Un regret ? Ne pas être allée au Paris voir en avril 2001 « Eh mec ! Elle est où ma caisse ? » et ne l’avoir toujours pas vu en DVD, que j’ai pourtant. Et ce même si la meilleure critique du film sur Allociné donne toujours autant envie de s’y ruer…

D’autres films vus de mémoire au Pathé Paris (les meilleurs hélas ne reviennent pas tout de suite !) : Madame Doubtfire (1993), Babe, le cochon devenu berger (1995), Space Jam (1996), Le Cinquième élément (1997), Spice World (1997), La Vie est belle (1997), Gary & Linda (1998), Ronin (1998), Existenz (1999), Dogma (1999), Double jeu (1999), La Fin d’une liaison (1999), Hantise (1999), Hypnose (1999), Jakob le menteur (1999), Mafia blues (1999), Stuart Little (1999), Une carte du monde (1999), The Cell (2000), Le Couvent (2000), Dracula 2001 (2000), Memento (2000), Mon beau-père et moi (2000), Piège fatal (2000), Shaft (2000), Terror Tract (2000), Thomas est amoureux (2000), Un monde meilleur (2000), Way of the gun (2000), A l’ombre de la haine (2001), L’Amour extra large (2001), L’Art (délicat) de la séduction (2001), Divine mais dangereuse (2001), Donnie Darko (2001), Écarts de conduite (2001), Jason X (2001), K-PAX (2001), La Prison de verre (2001), Training day (2001), Zoolander (2001), Bloody Mallory (2002), Fais-moi des vacances (2002), Femme fatale (2002), Feu de glace (2002), Phone Game (2002), Photo obsession (2002), Pour un garçon (2002), Identity (2003), Le Pharmacien de garde (2003), Kill Bill : Volume II (2004), A History of Violence (2005), Bad Times (2005), Le Dahlia noir (2006), Little Children (2006), Le Prestige (2006), Boulevard de la mort (2007), Control (2007), Gone baby gone (2007), SuperGrave (2007), La Vie devant ses yeux (2007), The Dark knight (2008), Hugo (2011), The Visit (2015) et Manchester by the sea (2016).

C’est moi Sim, Nice, 2019.

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