Bonello, souvenirs de Nice

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Portrait du jeune Bonello exposé au Centre Pompidou en 2014 (Crash).

Suite au récent passage de Betrand Bonello à la Cinémathèque de Nice*, le 28 octobre 2016, pour une leçon de cinéma de plus de trois heures, menée par le critique Philippe Rouyer, et la rétrospective de la quasi intégralité de son Œuvre (à laquelle il manquait pourtant « Le Dos rouge », un film écrit pour et avec Bonello, qui disperse quelques-uns de ses projets fantômes), nous avons décidé de rassembler quelques informations et images liées à l’enfance du cinéaste originaire de Nice.

lapollonide-1La villa L’Apollonide

« Je suis né en 1968, et j’ai passé ma jeunesse à rêver ce que la génération de mes parents avait vécu. »** (Le Monde)

Né le 11 septembre 1968 de parents « épris de culture », selon ses propres mots, d’un père avocat et d’une mère administratrice à l’Opéra de Nice, Bertrand Bonello est très tôt exposé au monde de l’art.

Fils unique, il vit avec eux à L’Apollonide, une vaste villa des années 1910, située tout en haut de l’avenue de la Lanterne, au numéro 237, très loin du centre de Nice.

« … mon grand-père, un helléniste convaincu, a fait construire et baptisé lui-même cette très grande maison sur les hauteurs ; il se pourrait aussi que l’idée lui soit venue d’un opéra de 1899 [signé Franz Servais] qu’un copain m’a offert récemment. Oui, j’ai grandi là, nous n’étions que trois, mon père, ma mère et moi, et comme il y avait beaucoup de chambres vides, mes parents ont accueilli énormément d’écrivains, de peintres, qui restaient six mois ou douze ans. C’était open house, je baignais dans cette ambiance d’intelligence et de liberté, avec des dîners sans fin – c’était joyeux, surtout. J’ai toujours couru après ce fantasme, pour le reproduire. Car la villa a été vendue quand mon père est mort » (Standard)

Plus qu’une simple résidence, L’Apollonide « bruissait de conversations libres, fines et légères », Bonello pouvait y croiser à la fois les grands artistes (César, Keith Haring) et les grands galeristes (Leo Castelli, Yvon Lambert, Daniel Templon) de l’art contemporain  : « César venait souvent en voisin. Je me souviens de lui préparant des pâtes ! À l’époque, les choses étaient simples : les artistes échangeaient entre eux des œuvres, et les amateurs achetaient selon leur goût. La financiarisation de l’art dans les années 1990 a changé tout ça. Je le regrette. » (Prussian Blue)

Y fréquentant également des musiciens amis de la famille, Bertrand commence, poussé par sa mère, à l’âge de cinq ans à prendre des cours de piano : il sera d’abord musicien avant de faire, beaucoup plus tard, le choix du cinéma.

Très liée au parcours sentimental et artistique de Bonello, la villa sera citée dans le titre de l’un de ses films : « L’Apollonide : souvenirs de la maison close » (2011).

Encore aux Bonello dans les années 90, le cinéaste invitera à L’Apollonide Luca Fazzi pour l’aider à transposer un rêve, qui a longtemps fascinés les deux (ex-)amis, en scénario. Rêve que Bonello se réappropriera finalement seul, après moult tentatives improductives de la part de Fazzi, pour devenir « Tiresia » (2002).

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Au Lycée Masséna

« En 1986, je me suis retrouvé dans une classe où trente-quatre élèves sur trente-cinq voulaient faire une école de commerce, ça m’a foutu un cafard immense. »

Déterminé à ne pas suivre le flux de son époque, Bertrand Bonello décide de quitter Nice à dix-huit ans, le lendemain des résultats du Bac.

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Détail du cadran solaire sur la façade du Lycée Masséna (photogramme).

« Quand je suis monté de Nice à Paris, dans les années 1980, c’était pour devenir musicien. De formation classique, j’avais commencé très tôt à jouer du piano, et j’avais été fortement bousculé par le mouvement punk – les Clash en particulier. J’avais mon propre groupe, modestement baptisé Bonello, mais nous n’avons jamais percé. » (Télérama)

Le groupe s’appelait en réalité, comme il s’en amuse aujourd’hui, Les Bonellos.

« Il s’appelait au début WHY, puis est devenu les Bonellos parce que c’était moi qui appelait pour réserver les dates et que je donnais mon nom quand on passait quelque part. C’est comme ça que ça a commencé… » (Crash)

*Il a aussi contribué cette année à l’exposition de Jacques Martinez à la Galerie de la Marine.

**Toutes les citations sont de Bertrand Bonello.

Les illustrations non sourcées sont de Prise 2.

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