L’autre voile bleu de Gaby Morlay

Gaby Morlay

La légendaire Gaby Morlay, actrice, chanteuse et productrice, première femme titulaire d’un brevet de pilote de dirigeable, Vendéenne de naissance mais aussi de cœur, fut une grande enthousiaste et adepte de la Riviera.

Elle y débarque pour la première fois en 1917, au début de sa carrière, pour y faire une série de dix comédies légères (des « Épaves » à « L’Essor »), réalisées à tour de rôle par René Le Somptier et Charles Burguet, pour le producteur Louis Nalpas au studio de la Villa Liserb à Nice

(...) elle était alors pratiquement inconnue, mais beaucoup s'accordaient déjà à lui prédire une brillante carrière. Gaby Morlay, d'ailleurs, se faisait surtout remarquer par l'allure vertigineuse avec laquelle elle dévalait, au volant de sa petite voiture, le boulevard de Cimiez qui menait à la Villa. C'est Gaston Modot qui lui donnait la réplique en même temps qu'il écrivait des scénarios. Parmi les films où ils jouèrent ainsi ensemble, les plus réussis furent : "Un ours" et "Le Chevalier de Gaby". (1) 

Continent cinématographique dont elle ne manquera pas de souligner l’extrême diversité, la Riviera demeure pourtant davantage pour elle un lieu de séjour qu’un lieu de travail.

Un extrait sonore proposé par les Archives du département des Alpes-Maritimes, où elle s’exprime, résume à peu près cela :

La comédienne tournera, presque vingt ans après ses films muets avec Nalpas, au moins quatre longs métrages dans la région et aux Studios de la Victorine – qui comptent alors sept plateaux à Nice et trois à Saint-Laurent-du-Var : « Le Scandale » (1934) de Marcel L’Herbier, « Le Messager » (1937) de Raymond Rouleau, avec Jean Gabin, et deux films sous la direction de Marc Allégret, « L’Arlésienne » (1942), aux côtés de Raimu et Louis Jourdan [en photo, dans les extérieurs en Camargue] et « Lunegarde » (1946).

L'Arlésienne (6)

A Nice, elle joue également au théâtre, une pièce de Pierre Benoît (auteur du roman « Lunegarde » adapté au cinéma comme précédemment cité) mise en scène par André Mouézy-Éon, « Alberte », en 1950.

Le 5 octobre 1961, Gaby épouse à Castagniers (06) Max Bonnefous, son amant de longue date, ancien ministre de Vichy malmené à la Libération puis reconsidéré pour, entre autres, services rendus à la Résistance, retiré depuis de nombreuses années à Nice. 

Gaby Morlay meurt le 4 juillet 1964 dans sa propriété niçoise des suites d’un cancer à 71 ans. Un mois auparavant, elle tournait encore avec « Lorsque l’enfant paraît », la pièce à succès d’André Roussin, reprise au Théâtre des Nouveautés à Paris :

Elle disait : "A mon âge, quand on tient un succès, on le joue jusqu'à la mort !" Et de rire. Malade, elle accepta une reprise quelques années plus tard. Son mal progressa au cours des représentations ; elle lutta en jouant jusqu'à l'épuisement. L'avant veille d'un jour de relâche, elle quitta le théâtre comme chaque soir en lançant joyeusement à ses camarades : "A demain !" Dans la nuit, elle sentit que le lendemain elle ne pouvait plus faire l'effort qu'elle avait encore accompli ce soir-là. Elle prit pour Nice le premier avion du matin. Elle mourrait un mois plus tard. (2) 

Elle repose dans le petit cimetière de Saint-Antoine-de-Ginestière, sur les hauteurs de Nice. Sur sa tombe, on peut lire l’épitaphe suivante : « Je ne pars pas, j’arrive. »

Gaby Morlay en 1948
Gaby Morlay en 1948, arrivant en gare. Peut-être sous la verrière de la gare de Nice.

Une allée dans le quartier de Fabron Supérieur, quartier résidentiel dans lequel Gaby Morlay avait sa maison, La Grange au bois, porte aujourd’hui son nom.

Elle habita également non loin de Fabron, à Carras, dans la Villa de Ginoux, rasée dans les années quatre-vingt, et au Port de Nice, quai des Deux Emmanuels :

Ce quai jadis célèbre, avec ses petites maisons de poupée un peu ridicules (l'une d'elles abrita longtemps l'actrice Gaby Morlay), a été détrôné par la Promenade des Anglais, et ses terrasses vides offrent, hors saison, un spectacle assez désolant. (3)

Pour information, Gaby Morlay, nommée chevalier de la Légion d’honneur en 1939, fut mise en cause, en 1940, pour avoir abrité dans le garage de sa villa à Nice 1 200 litres d’essence (4). Par association à Max Bonnefous, elle fut soupçonnée un temps de collaboration après-guerre. Enfin, Morlay s’est toujours défendue de n’avoir jamais travaillé pour la Continental.

La photo dédicacée de Gaby Morlay est issue de la collection de Prise 2. Elle a été réalisée à Nice par le Studio Erpé, autrefois situé 14 avenue Félix Faure.

 

(1) René Prédal, "Fondation et activités des studios de la Victorine jusqu'en 1930", p. 5, texte en ligne.
(2) André Roussin, Le Rideau rouge - Portraits et souvenirs, Albin Michel, 1982 p. 80.
(3) Henri Gault et Christian Millau, Nice, Editions du Rocher, 1971, p. 19.
(4) Jean-Bernard Lacroix et Hélène Cavalié, Les Alpes-Maritimes et les guerres du XXe siècleSilvana, 2012.
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