La Riviera exotique de James Bond

 Never Say Never Again

Nouvelle version d’ « Opération tonnerre » (1965), « Jamais plus jamais », un des rares hors-série de la saga James Bond, réalisé en 1983 par Irvin Kershner, fut, pour la seconde moitié du film, tourné dans le Sud de l’Europe et notamment en France, en bordure des Alpes maritimes.

D’Antibes à Menton, avec une prédilection pour les ports, la production a su exploiter la diversité des sites de la Riviera française, tant pour figurer le paysage environnant que pour susciter l’évasion et en tirer une matière imaginaire, fidèle à l’esprit de débrouille et au sens du décor des productions venues s’installer dans les environs pour réduire leurs coûts et trouver là un nouveau souffle créatif.

A partir de l’enquête menée sur place par Eric Saussine, « Sur les traces françaises de Jamais plus jamais«  (les passages de ce texte seront cités entre guillemets) et du commentaire d’Irvin Kershner dans les bonus de l’édition Blu-ray du film (Twientieth Century Fox, 2013), nous vous présenterons quelques séquences ou éléments liés aux décors du film, accompagnés d’extraits et de photos.

 

Débarquement

Arrivée de 007 à Nice
Extrait : James Bond arrive en France (Aéroport de Nice)

« Bond [Sean Connery] est accueilli à l’aéroport de Nice par Felix Leiter (Bernie Casey) et Nicole, agent des services secrets français (Saskia Cohen Tanugi). L’aéroport refait à neuf est réputé comme l’un des fleurons des équipements de la Méditerranée. 007 se rend ensuite dans une villa située sur les hauteurs de Villefranche-sur-mer, dans le quartier du Castellet, totalement privatisé. La cité fortifiée est très présente dans le film. »

Au sujet de la villa, la Maison Rouge, Irvin Kershner raconte qu’elle appartenait à un dentiste qui s’était ruiné pour la faire construire. Ses pièces très épurées sont visibles au début de la séquence de la course poursuite à moto.

 

Le yacht

Villefranche Flying Sauser
Le Flying Saucer dans la Rade de Villefranche (1)

« Depuis la villa, Bond observe le Flying Saucer [le yacht du Méchant, Largo] dans la Rade de Villefranche. »

Comme pour le yacht des « Invitations dangereuses » (1973), celui utilisé dans « Jamais plus jamais » stationnera surtout, par souci logistique et pour y tourner quelques scènes en intérieur, aux ports de Nice et d’Antibes, ce dernier également décor du film.

« Quelle ne fut pas notre surprise en visitant le fort d’Antibes [de nos jours] d’apercevoir le navire de Largo amarré dans le port au justement nommé « Quai des Milliardaires ». A l’époque de Jamais plus jamais, il appartenait au non moins milliardaire saoudien marchand d’armes Adnan Khashoggi, ami du producteur Kevin McClory (…), qui prêta son bateau sous condition d’anonymat. Khashoggi est remercié au générique à travers ses initiales « A.K. »

 

Au « Casino Royale »

Le jeu Domination
Extrait : Bond joue avec Largo à « Domination »

« Bond se rend ensuite au Casino de Monte-Carlo (renommé « Casino Royale » sur le carton d’information visible en haut des marches de l’escalier). Le film y a été tourné grâce aux relations mondaines du producteur Kevin McClory. »

La séquence est marquée par la scène de duel entre Bond et Largo (Klaus Maria Brandauer) autour du jeu vidéo de guerre mondiale « Domination ».

Kershner précise que ce jeu, qui réserve quelques surprises à ses participants, fut fabriqué à Nice, on le suppose aux Studios de la Victorine, pour être ensuite transporté en Angleterre pour l’enregistrement de la scène, censée se dérouler au casino, dans le manoir de Waddesdon à Buckinghamshire.

« A l’issue de la partie de « Domination » (…), Bond gagne le droit de danser le tango avec Domino (Kim Basinger). La piste de danse n’est autre que le grand atrium du casino qui donne d’un côté sur les salles de jeu, de l’autre sur l’Opéra de Monte-Carlo. Certains plans ont été tournés dans le bâtiment voisin, le célèbre Hôtel de Paris, qui jouxte la place du Casino. »

 

Un dédale géographique

Moto de James Bond
Extrait : Bond déballe sa moto avant de partir pour Beaulieu

« Revenu à la villa, après avoir découvert le corps de Nicole, James prend en chasse son assassin. La spectaculaire poursuite à moto démarre au quartier du Castellet, se poursuit dans la ville voisine de Beaulieu-sur-Mer et sur la montée de Nice (la collision des deux voitures après le saut à moto), puis dans le tunnel de Menton à une vingtaine de kilomètres de là pour s’achever  à… Villefranche-sur-mer, au port de la Darse, contigu à la forteresse de Villefranche (Palmyra). »

Nul doute que cette séquence et ses cascades à haut risque imprimèrent la rétine de John Frankenheimer, cinéaste déjà familier des contraintes de relief propres à notre région – il y avait tourné « Grand Prix » (1966) pour une part à Monaco en plein Grand Prix de Formule 1 -, qui appliquera le même principe de dédale géographique en 1998 dans « Ronin » à une course poursuite de voitures impressionnante reliant le village perché de La Turbie aux rues confinées du Vieux-Nice et du port.

 

Palmyra

Scèné coupée de Jamais plus jamais
Scène coupée au montage : la visite par les protagonistes des extérieurs de la forteresse de Palmyra (Villa Ephrussi de Rothschild à Saint-Jean-Cap-Ferrat) (2)

« La forteresse de Palmyra, censée être en Erythrée, est un assemblage des forts de Villefranche et d’Antibes. C’est sur le chemin de ronde de cette dernière que se déroule le gros de la fuite à cheval. Les murs extérieurs sont le plus souvent ceux de Villefranche, à l’exception d’une paire de peinture sur verre. La cour où Domino est retenue prisonnière est quant à lui l’accès maritime de la forteresse, juste muré pour le besoin du film par le décorateur Philip Harrison qui y ajouta une herse. En franchissant la Rade, on retrouve la Villa Ephrussi de Rothschild et ses superbes jardins. On peut admirer l’intérieur de la villa puisque c’est précisément là que Bond et Domino se font « invités » par Largo. Les extérieurs prévus au planning seront coupés au montage. »

Jamais plus jamais (décor inédit)
Coupé au montage : une vue de la forteresse de Palmyra réalisé par Lou Lichtenfeld en matte painting incorporant les jardins de la Villa Ephrussi de Rothschild (3).

Photos

(1) : blog « James Bond Locations »

(2) et (3) : article « Jamais plus jamais, les scènes coupées »

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