Menton, à l’arrêt

La douane de MentonTrois films, Le Corniaud (Gérard Oury, 1964), Chacal (Fred Zinnemann, 1973) et La Chambre du fils (Nanni Moretti, 2001), passent, de l’Italie vers la France, le fameux poste-frontière de Menton, superbe rampe reliant la plage aux collines, non sans quelques gorges serrées et un certain vague à l’âme…

 

Le Corniaud« Ya rien Monsieur le Commissaire ! » C’est la scène qui a rendu immédiatement célèbre le poste-frontière de Menton : la fouille jusqu’à l’os de la Cadillac du Corniaud à l’endroit de l’ancienne douane, pont Saint-Louis. L’Europe tenait encore ses frontières étanches et pour lutter contre toute forme de trafic ou d’abus, n’importe quel véhicule pouvait arbitrairement faire l’objet d’une inspection. Il existe toujours des quantités d’importation autorisées, mais il y a peu de chance que l’on vous arrête aujourd’hui pour vérifier si vous n’avez pas trop acheté d’anisette ou de prosciutto de retour de Vintimille !

Le Corniaud 3 Sur le plateau du Corniaud à Menton : archive INA

 

The Day of the Jackal

Le loup entre dans la bergerie. Toujours sur le même périmètre mais dans un style nettement plus réaliste, le tueur à gages qui donne son titre au film, Chacal, parti de Gênes, est sur le point d’entrer en France pour exécuter une opération qui échouera de peu : l’assassinat du Président De Gaulle, après la faillite en 1962 de l’attentat dit du « Petit-Clamart ». Un contrôle de routine plus tard, le « Chacal » déboulera à Nice à la réception du Negresco…

 

La Stanza del figlio (1)La Stanza del figlio (2)A l’aube, pont Saint-Ludovic. C’est la conclusion de La Chambre du fils, mélodrame articulé autour du deuil d’un enfant : Giovanni roule toute la nuit d’Ancône jusqu’à Menton, destination inattendue que découvrent à leur réveil son épouse, sa fille et deux autres jeunes, apprentis auto-stoppeurs en route pour la France, que Giovanni avait proposé d’avancer au niveau de Gênes. Nanni Moretti se souvient du tournage de cette séquence :

« Je ne connaissais pas cette ville [Menton]. Alors que je tournais encore le film à Ancône, j’ai envoyé d’abord le directeur de production, puis le décorateur faire des repérages filmés. Je les ai vus, ils me convenaient. Naturellement, pour obtenir cette lumière-là, j’ai tourné deux jours de suite, à l’aube, parce que dans la séquence nous sortons d’un tunnel et, à chaque fois, nous devions faire demi-tour, prendre le tunnel dans l’autre sens, faire demi-tour et reprendre le tunnel. Et la lumière changeait très vite : quatre prises et nous avions quatre lumières différentes. La première, il y avait encore toutes les lumières de la nuit. Puis, ce n’était plus illuminé par les lumières artificielles mais il n’y avait pas encore le soleil. Puis il y avait le premier rayon du soleil – c’est la prise que j’ai choisie -, puis il y avait trop de soleil et donc il y avait trop de différence de diaphragme, et le soleil en direction de Menton. Je ne pouvais faire une nouvelle prise que toutes les dix minutes, parce qu’après chaque prise, je devais remonter en voiture, refaire tout le tour, retourner dans le tunnel qui entrait en Italie et revenir au poste-frontière. Menton a deux ou trois postes-frontière, que j’ai découverts sur les enregistrements ; j’en ai retenu un pour sa construction et pour sa situation, avec la ville dans le fond. Je suis arrivé un jour avant pour effectuer mes propres repérages. » (in Jean A. Gili, « L’autobiographie dilatée – Entretiens avec Nanni Moretti », Rouge Profond, 2017, pp. 106-107).

La Stanza del figlio (3)

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