Le Carnaval de Nice au cinéma

 

Filmographie

En orange, les titres présentés dans la vidéo…

1921, L’ENFANT DU CARNAVAL, long-métrage réalisé par Ivan Mosjoukine.
1929, LE CARNAVAL DE NICEréférences manquantes.
1930, A PROPOS DE NICE, court-métrage réalisé par Jean Vigo et Boris Kaufman.
1947, PARIS 1900, long-métrage réalisé par Nicole Vedrès.
1958, LA VIE A DEUX, long-métrage réalisé par Clément Duhour.
1970, LA PROMESSE DE L’AUBE, long-métrage réalisé par Jules Dassin.
1994, NICE, VERY NICE, segment réalisé par Claire Denis du long-métrage A PROPOS DE NICE, LA SUITE.
1997, MARIE BAIE DES ANGES, long-métrage réalisé par Manuel Pradal.

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Le Canard se paye la Victorine

Encadré publié dans le n°44 des « Dossiers du Canard », Le Midi – Mécomptes et légendes, de juillet 1992, sans la photo de Peter Ustinov, prise très probablement à l’époque du tournage de LADY L (source inconnue).

peter ustinov à la victorine

Hollywood du pauvre La Victorine en (dé)chantant

« Il faut toujours assurer le suivi des grandes proclamations ministérielles : la démarche est, à tout coup, instructive. En mai 1984, quelques heures avant d’aller présider la soirée d’ouverture du Festival de Cannes, Jack Lang débarque spectaculairement à Nice. Un grand dessein l’anime : il va relancer les studios de la Victorine, fleuron du cinéma d’avant guerre et même du temps de l’Occupation (Carné y a tourné, en 42, LES ENFANTS DU PARADIS), mais qui végètent passablement depuis une ou deux décennies.

Pas un journal qui, dans la foulée, n’y aille de son papier nostalgique et ne se félicite en même temps des heureuses dispositions de Jumping Jack. Au cabinet du ministre, on le répète à l’envi : (la Victorine restaurée !) ce sera « Hollywood en Méditerranée » ! Un partenaire privé, la société LTM (Le Transformateur miniature), y croit, qui investit 10 millions de francs dans l’affaire. La Culture y ajoute 1,5 million de subventions. Tournez, manèges !

Huit ans après, le bilan est assez contrasté. C’est vrai, la Victorine peut s’enorgueillir de dix plateaux outillés d’un matériel ultra-sophistiqué (« la mecque des effets spéciaux », disaient même, en 84, quelques thuriféraires du ministre), mais une bonne moitié est constamment inutilisée. A défaut d’accueillir des films de long métrage, la Victorine s’est surtout spécialisée dans les spots de pub, les clips et même les photos de catalogue, celui de Peugeot, par exemple, entièrement réalisé sur place.

De cet ostracisme, les commerciaux des studios tiennent leur explication, grandiose : « Nous sommes victimes du parisianisme. Toutes les grosses boîtes de production sont à Paris, et elles nous considèrent à peu près comme des aborigènes d’Australie. » Cependant qu’au lendemain des attentats terroristes de 1986 les sociétés de production US, qui avaient un temps parié sur l’Hexagone, ont préféré trouver ailleurs des décors plus apaisants.

« Il faut bien comprendre, explique un producteur qui tient à garder l’anonymat, bien sur les équipements de la Victorine sont performants, mais je préfère tout de même envoyer mes équipes en Espagne ou en Afrique du Nord. Là-bas, d’un strict point de vue financier, les conditions de tournage défient toute concurrence. »

Un seul film de cinéma s’est tourné à la Victorine en 91. Un grand film : NOSTROMO* (d’après le roman de Conrad) de David Lean, le réalisateur, notamment, de LAWRENCE D’ARABIE. Manque de pot : le metteur en scène, déjà octogénaire, est mort en cours de prise de vue et le film n’est jamais sorti. Vous avez, comme ça, des lieux qui ne portent pas vraiment chance. Ou des ministres qui parlent un peu trop vite. Ou trop fort. »

*Un documentaire sur la grande aventure du film a été réalisé en 2017 : "Nostromo", le rêve perdu de David Lean.

Carnets de figuration

The Good Thief (2)
Le Régina à Nice transformé en casino dans « L’Homme de la Riviera » (2002).

Infatigable figurant passionné par la technique audiovisuelle et les coulisses de film, Denis nous a confié il y a quelques mois une copie Word des 153 fiches de tournages auxquels il a participé en PACA et à proximité, Monaco, l’Italie, depuis 2001. En voici les 6 premières, datant de 2001 à 2004, que nous avons adaptées avec son accord et qui formeront bientôt de grands « Carnets de figuration ». Nous le remercions pour sa gentillesse et sa confiance.

Les films ou téléfilms concernés sont les suivants : Sables mouvants et L’Homme de la Riviera à Nice, 24 heures de la vie d’une femme à Menton, Les Liaisons dangereuses au Cap d’Antibes, Ocean’s Twelve à Monaco et Brice de Nice à Mougins.

Le document PDF des fiches est ici : Fiches de tournages de 2001 à 2004

Les cahiers d’une spectatrice (2)

Aller à la première partie

Cahier de Cinéma, Ariane de Gueyer n°1 Hommes
Jaque-Catelain à gauche et six fois Lionel Barrymore à droite.
Cahier de Cinéma, Ariane de Gueyer n°2 Femmes Suite - Elsa Lanchester, Binnie Barnes, toutes les deux vues dans LA VIE PRIVEE D'HENRY VIII
Merle Oberon en haut à gauche, Wendy Barrie en bas à gauche, Elsa Lanchester en haut à droite et Binnie Barnes en bas à droite.

Cahier de Cinéma, Ariane de Gueyer n°2 Femmes

Cahier de Cinéma, Ariane de Gueyer n°3 Couples Suite
Mamo Clark et Clark Gable tournant « Les Révoltés du Bounty » (1935) à gauche, trois fois Ginger Rogers et une fois Fred Astaire à droite.
Cahier de Cinéma, Ariane de Gueyer n°2 Couples Suite
Samson Fainsilber et Marguerite Weintenberger dans « Jocelyn » (1933).
Cahier de Cinéma, Ariane de Gueyer n°3 Couples
Maria Alba et Douglas Fairbanks dans « Robinson moderne » (1932).

Les cahiers d’une spectatrice (1)

Aller à la deuxième partie

Cahier de Cinéma, Ariane de Gueyer n°1 Hommes, couverture
Ramon Novarro en couverture du premier cahier « Hommes ».

Ariane de Gueyer (1920-2018), adolescente dans les années trente à Nice, elle habite 7 avenue Bellevue, et spectatrice de cinéma, s’amuse pour passer le temps, avec sa cousine Valérie, à composer dans des cahiers d’école (elle en fait également pour ses lectures) des inventaires d’acteurs, découpant dans les programmes distribués dans les salles et la presse cinématographique de l’époque, « Cinémonde » par exemple, les photos d’acteurs et d’actrices qu’elle a vu sur grand écran.

Classés selon trois catégories, « Hommes », « Femmes » et « Couples », ces cahiers esquissent les filmographies de petites, grandes, voire futures vedettes internationales, acteurs européens et américains de premier ou de second plan, par l’association de photos, légendées ou non, noms, rôles et titres de films. Lubie passagère, ces cahiers, inachevés pour certains, seront finalement abandonnés.

La famille d’Ariane a retrouvé également, en plus des cahiers, des documents et des informations liés à Nicolas Rimsky, acteur russe présent dans un cahier « Hommes », parent par alliance des de Gueyer, ainsi qu’une lettre évoquant la participation de leurs ancêtres à des tournages de cinéma à Nice et citant le film muet Impéria (1920) pour lequel ils auraient été figurants.

Gentiment prêtés par la fille d’Ariane de Gueyer, Marie-Ange, nous avons reproduit quelques pages des cahiers d’Ariane et des documents glissés à l’intérieur.

Parmi les cinémas niçois qu’Ariane fréquente, il y a le « Mondial » (Prise 2 possède un programme de 1922 de ce cinéma), une des plus grandes salles de la ville d’alors, situé au numéro 5 de l’ex-rue Pétain, l’actuelle rue de la Liberté, et le « Rialto ».
Le Mondial (1)Le Mondial (2)
Cartes promotionnelles (recto-verso) des films La Chanson de l'adieu (1934) diffusé au "Mondial" et des Trois mousquetaires (1932) diffusé en deux parties au "Rialto".

Rialto (1)Rialto (2)

 

Les cinémas à Nice, exposition

Carton d’invitation recto-verso du vernissage de l’exposition « Les Cinémas Niçois, 1896-1969 » organisée en 1996 par les Archives Municipales de la Ville de Nice.

Les Cinémas Niçois (1)Les Cinémas Niçois (2)

Nice Cadeim (l’Action Culturelle Municipale) avait édité pour l’occasion un fascicule reprenant des éléments de l’exposition dont quelques photos réalisées par Pierre Padovani, auteur présumé de la photo du cinéma Le Royal, autrefois situé avenue Malausséna, ci-dessus.

Merci à Benoît Grimalt pour nous avoir transmis la copie de ce document du musée personnel d’Emile Martin.

 

Gérard Landry, le côtier

Sérénade au bourreau
Dans Sérénade au bourreau (1951), en partie tourné, pour les extérieurs, dans les Alpes-Maritimes.

Gérard Landry (Buenos Aires, 1912 – Nice, 1999), né Landry de La Gatinerie, acteur français de renommée internationale, on l’a croisé chez Renoir (« La Bête humaine », 1938), Abel Gance (« Vénus aveugle », 1941) ou Carol Reed (« Trapèze », 1956), a surtout fait carrière en Italie. Très connu là-bas, comme son fils après lui, l’acteur Marc Porel (1949-1983), il y tourne une quarantaine films, soit l’essentiel de sa filmographie, entre les années cinquante et quatre-vingt.

Charme moqueur et moustache impeccable, héros vaillant et romantique, Gérard Landry est une vedette d’un autre temps. Habitué des mélodrames et des films de cape et d’épée, il fait aussi des romans photos, son public est à la fois très féminin et très juvénile : les femmes le languissent tandis que les petits garçons rêvent de lui ressembler. Un grand écart qui ne manquera pas de l’amuser.

Comédien sous l’occupation, il joue dans une poignée de films réalisés en zone libre, dont « Lunegarde » avec Gaby Morlay, puis s’engage en 1941 dans la Résistance. Il participe en août 44 aux combats pour la Libération de Paris. Action qui le verra décoré de la Croix de guerre.

Familier de la Côte d’Azur, l’acteur s’installe dans les années soixante-dix, bien qu’il réside encore à Rome, à Villefranche-sur-mer (06) avec son épouse Annie, ex-Alberti*, et leurs chiens. Très apprécié des riverains – lire le souvenir d’une amie connue à Villefranche -, on le croise souvent aux boules ou au port de la Darse où il a son pointu. L’Amicale section photo-cinéma des anciens élèves de Villefranche œuvre depuis plusieurs années, avec la complicité de son épouse Annie de La Gatinerie, à constituer une mémoire de l’acteur, qui a également tourné dans les environs.

Une soirée hommage à Gérard Landry fut organisée par l’ensemble de l’amicale le 9 décembre 2011 à l’auditorium de la commune avec l’appui de la municipalité.

Gérard Landry a publié en 1991 un livre de souvenirs, « Un homme digne d’avoir un chien » (Editions SOCAD), faisant parfois état de ses pérégrinations locales. En voici trois extraits :

Paradis perdu
Fernand Gravey et Micheline Presle dans Paradis perdu (1940).

1. MISTINGUETT

« Quand nous tournions Paradis perdu sur la côte, elle venait nous voir sur une bicyclette d’homme. Elle avait encore de très jolies jambes, aussi arrivait-elle en short… (elle ne devait pas être loin de ses quatre-vingts printemps).

Juste après la guerre, nous nous trouvions, je ne sais plus pourquoi, Mistinguett, Charles Trénet, Maurice Chevalier, Steve Passeur et moi, pour boire un verre à La Bocca. Au moment de payer, il y eut un peu de suspense. Qui allait payer ? Je venais d’être démobilisé et n’avais pas un sou. J’ai été très lâche, j’ai fait semblant d’être appelé au téléphone et me suis tiré. Steve Passeur en a fait autant et nous ne sûmes jamais ce qui s’est passé après notre départ. Pour les gens non avertis, je dois ajouter que la qualité principale des grandes vedettes, abandonnées par nous, n’était pas la largesse… » (p. 39)

2. CLAUDE DAUPHIN

« J’ai tourné deux films sous l’occupation avec Claude. Le plus important fut : Les Hommes sans peur qui étaient Jean Murat, Claude et moi. La vedette féminine était Madeleine Sologne qui est une fille très, très, très bien. Elle l’a prouvé.

A cette époque c’était le bon temps des restrictions et quand le contrôle de police, à l’entrée de Nice, nous demandait qui nous étions, Dauphin répondait :

– « Les hommes sans beurre ! ».

Le film fini, je déjeunai un jour à Juan, avec Claude et Jean-Pierre Aumont. Le lendemain, nous partions tous les trois pour des destinations différentes. Jean-Pierre pour les Etats-Unis, Claude pour Londres et moi, pas loin, pour Cagnes où j’allais me mettre en contact avec celui qui allait devenir le colonel Foury. » (p. 47)

3. FILM EN ZONE LIBRE, SOUS L’OCCUPATION : … ET QUELQUES VEDETTES

Viviane Romance
Viviane Romance.

« Toujours à l’époque de la zone libre, aux studios de la Victorine […] Le premier film tourné (…) fut : Vénus aveugle d’Abel Gance avec la grande Viviane Romance. J’avais tourné dans le dernier film d’Abel avant le début de la guerre : Paradis perdu et Gance m’appela aussi pour celui-là. Le film fut plein de situations amusantes. Par exemple, la femme de Gance, Mary-Lou, s’était disputée avec Viviane, elles ne se parlèrent plus. Alors, dans la deuxième partie du film, les scènes avec Mary-Lou étaient bien dirigées par Abel, mais celles de Viviane l’étaient par l’assistant : Edmond Gréville. J’avais une bagarre avec Georges Flament qui était, à l’époque, le fiancé de la vedette. Il détestait que je répète le surnom de Viviane que l’on appelait : « Le soutien-gorge » !

Pendant le film et aussi après, je disputai souvent des parties de ping-pong avec Viviane. Elle jouait plutôt mal, mais avec enthousiasme. Une fois, elle organisa un coup fourré à Marcel Achard. Marcel jouait assez mal et moi assez bien. Alors Viviane me fit jouer contre elle, et je perdis, puis elle défia Achard de me battre. Comme il avait toujours battu Viviane, il accepta. Cela se passait au Martinez de Cannes. Marcel Achard fit cinq points en deux sets contre moi et ne m’adressa plus la paroles pendant plusieurs semaines. Frank Villard, qui devait succéder à Flament dans le cœur de Viviane, m’a dit ceci :

– « Viviane ne fait l’amour que par amour ».

J’ai trouvé cela joli, et c’était sûrement vrai. » (pp. 133-136)

LA RIVALE, fotoromanzo
Avec Anna Maria Ferrero** dans le roman-photo du film La rivale, « film sentimental de 1956 ».
*Ancienne vedette de romans photos et actrice de cinéma devenue doubleuse (source Objéctif Cinéma).
**Heureuse coïncidence, notre association a rencontré cette année et l’époux d’Anna Maria Ferrero, Jean Sorel, à Paris, et l’épouse de Gérard Landry, Annie de La Gatinerie, à Villefranche. Merci à l’amicale pour le prêt du roman-photo, exemplaire personnel de Mme Landry.