Carnets de figuration

The Good Thief (2)
Le Régina à Nice transformé en casino dans « L’Homme de la Riviera » (2002).

Infatigable figurant passionné par la technique audiovisuelle et les coulisses de film, Denis nous a confié il y a quelques mois une copie Word des 153 fiches de tournages auxquels il a participé en PACA et à proximité, Monaco, l’Italie, depuis 2001. En voici les 6 premières, datant de 2001 à 2004, que nous avons adaptées avec son accord et qui formeront bientôt de grands « Carnets de figuration ». Nous le remercions pour sa gentillesse et sa confiance.

Les films ou téléfilms concernés sont les suivants : Sables mouvants et L’Homme de la Riviera à Nice, 24 heures de la vie d’une femme à Menton, Les Liaisons dangereuses au Cap d’Antibes, Ocean’s Twelve à Monaco et Brice de Nice à Mougins.

Le document PDF des fiches est ici : Fiches de tournages de 2001 à 2004
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Les cahiers d’une spectatrice (2)

Aller à la première partie

Cahier de Cinéma, Ariane de Gueyer n°1 Hommes
Jaque-Catelain à gauche et six fois Lionel Barrymore à droite.
Cahier de Cinéma, Ariane de Gueyer n°2 Femmes Suite - Elsa Lanchester, Binnie Barnes, toutes les deux vues dans LA VIE PRIVEE D'HENRY VIII
Merle Oberon en haut à gauche, Wendy Barrie en bas à gauche, Elsa Lanchester en haut à droite et Binnie Barnes en bas à droite.

Cahier de Cinéma, Ariane de Gueyer n°2 Femmes

Cahier de Cinéma, Ariane de Gueyer n°3 Couples Suite
Mamo Clark et Clark Gable tournant « Les Révoltés du Bounty » (1935) à gauche, trois fois Ginger Rogers et une fois Fred Astaire à droite.
Cahier de Cinéma, Ariane de Gueyer n°2 Couples Suite
Samson Fainsilber et Marguerite Weintenberger dans « Jocelyn » (1933).
Cahier de Cinéma, Ariane de Gueyer n°3 Couples
Maria Alba et Douglas Fairbanks dans « Robinson moderne » (1932).

Les cahiers d’une spectatrice (1)

Aller à la deuxième partie

Cahier de Cinéma, Ariane de Gueyer n°1 Hommes, couverture
Ramon Novarro en couverture du premier cahier « Hommes ».

Ariane de Gueyer (1920-2018), adolescente dans les années trente à Nice, elle habite 7 avenue Bellevue, et spectatrice de cinéma, s’amuse pour passer le temps, avec sa cousine Valérie, à composer dans des cahiers d’école (elle en fait également pour ses lectures) des inventaires d’acteurs, découpant dans les programmes distribués dans les salles et la presse cinématographique de l’époque, « Cinémonde » par exemple, les photos d’acteurs et d’actrices qu’elle a vu sur grand écran.

Classés selon trois catégories, « Hommes », « Femmes » et « Couples », ces cahiers esquissent les filmographies de petites, grandes, voire futures vedettes internationales, acteurs européens et américains de premier ou de second plan, par l’association de photos, légendées ou non, noms, rôles et titres de films. Lubie passagère, ces cahiers, inachevés pour certains, seront finalement abandonnés.

La famille d’Ariane a retrouvé également, en plus des cahiers, des documents et des informations liés à Nicolas Rimsky, acteur russe présent dans un cahier « Hommes », parent par alliance des de Gueyer, ainsi qu’une lettre évoquant la participation de leurs ancêtres à des tournages de cinéma à Nice et citant le film muet Impéria (1920) pour lequel ils auraient été figurants.

Gentiment prêtés par la fille d’Ariane de Gueyer, Marie-Ange, nous avons reproduit quelques pages des cahiers d’Ariane et des documents glissés à l’intérieur.

Parmi les cinémas niçois qu’Ariane fréquente, il y a le « Mondial » (Prise 2 possède un programme de 1922 de ce cinéma), une des plus grandes salles de la ville d’alors, situé au numéro 5 de l’ex-rue Pétain, l’actuelle rue de la Liberté, et le « Rialto ».
Le Mondial (1)Le Mondial (2)
Cartes promotionnelles (recto-verso) des films La Chanson de l'adieu (1934) diffusé au "Mondial" et des Trois mousquetaires (1932) diffusé en deux parties au "Rialto".

Rialto (1)Rialto (2)

 

Les cinémas à Nice, exposition

Carton d’invitation recto-verso du vernissage de l’exposition « Les Cinémas Niçois, 1896-1969 » organisée en 1996 par les Archives Municipales de la Ville de Nice.

Les Cinémas Niçois (1)Les Cinémas Niçois (2)

Nice Cadeim (l’Action Culturelle Municipale) avait édité pour l’occasion un fascicule reprenant des éléments de l’exposition dont quelques photos réalisées par Pierre Padovani, auteur présumé de la photo du cinéma Le Royal, autrefois situé avenue Malausséna, ci-dessus.

Merci à Benoît Grimalt pour nous avoir transmis la copie de ce document du musée personnel d’Emile Martin.

 

Gérard Landry, le côtier

Sérénade au bourreau
Dans Sérénade au bourreau (1951), en partie tourné, pour les extérieurs, dans les Alpes-Maritimes.

Gérard Landry (Buenos Aires, 1912 – Nice, 1999), né Landry De la Gatinerie, acteur français de renommée internationale, on l’a croisé notamment chez Renoir (« La Bête humaine », 1938), Abel Gance (« Vénus aveugle », 1941) ou Carol Reed (« Trapèze », 1956), a surtout fait carrière en Italie. C’est donc en vedette italienne, comme son fils après lui, l’acteur Marc Porel (1949-1983), qu’il tournera l’essentiel de sa filmographie, une quarantaine de titres, entre les années cinquante et quatre-vingt.

Charme moqueur et moustache impeccable, héros vaillant et romantique, Gérard Landry est un acteur d’un autre temps, partagé entre mélodrames et films de cape et d’épée. Admiré, comme il le dira lui-même, autant des femmes que des petits garçons. Comédien en France sous l’occupation, une poignée de films tournés en zone libre, de « Vénus aveugle » à « Lunegarde », il s’engage en 1941 dans la Résistance et participe en août 44 aux combats pour la Libération de Paris. Il sera décoré de la Croix de guerre pour son action.

Familier de la Côte d’Azur, Landry s’installe dans les années soixante-dix, bien qu’il réside encore à Rome, à Villefranche-sur-mer (06) avec son épouse Annie, ex-Alberti*, et leurs chiens. Très apprécié des riverains, on le croise souvent aux boules ou au port de la Darse où il a son pointu. L’amicale photo-cinéma des anciens élèves de Villefranche œuvre depuis plusieurs années, avec la complicité de son épouse Annie De la Gatinerie, à constituer une mémoire « villefranchoise » de l’acteur,  qui a également tourné dans les environs.

Une soirée hommage à Gérard Landry fut organisée par l’ensemble de l’amicale le 9 décembre 2011 à l’auditorium de la commune avec l’appui de la municipalité.

Gérard Landry a publié en 1991 un livre de souvenirs, « Un homme digne d’avoir un chien » (Editions SOCAD), faisant parfois état de ses pérégrinations locales. En voici trois extraits :

 

Paradis perdu
Fernand Gravey et Micheline Presle dans Paradis perdu (1940).

1. MISTINGUETT

« Quand nous tournions Paradis perdu sur la côte, elle venait nous voir sur une bicyclette d’homme. Elle avait encore de très jolies jambes, aussi arrivait-elle en short… (elle ne devait pas être loin de ses quatre-vingts printemps).

Juste après la guerre, nous nous trouvions, je ne sais plus pourquoi, Mistinguett, Charles Trénet, Maurice Chevalier, Steve Passeur et moi, pour boire un verre à La Bocca. Au moment de payer, il y eut un peu de suspense. Qui allait payer ? Je venais d’être démobilisé et n’avais pas un sou. J’ai été très lâche, j’ai fait semblant d’être appelé au téléphone et me suis tiré. Steve Passeur en a fait autant et nous ne sûmes jamais ce qui s’est passé après notre départ. Pour les gens non avertis, je dois ajouter que la qualité principale des grandes vedettes, abandonnées par nous, n’était pas la largesse… » (p. 39)

 

2. CLAUDE DAUPHIN

« J’ai tourné deux films sous l’occupation avec Claude. Le plus important fut : Les Hommes sans peur qui étaient Jean Murat, Claude et moi. La vedette féminine était Madeleine Sologne qui est une fille très, très, très bien. Elle l’a prouvé.

A cette époque c’était le bon temps des restrictions et quand le contrôle de police, à l’entrée de Nice, nous demandait qui nous étions, Dauphin répondait :

– « Les hommes sans beurre ! ».

Le film fini, je déjeunai un jour à Juan, avec Claude et Jean-Pierre Aumont. Le lendemain, nous partions tous les trois pour des destinations différentes. Jean-Pierre pour les Etats-Unis, Claude pour Londres et moi, pas loin, pour Cagnes où j’allais me mettre en contact avec celui qui allait devenir le colonel Foury. » (p. 47)

 

3. FILM EN ZONE LIBRE, SOUS L’OCCUPATION : … ET QUELQUES VEDETTES

Viviane Romance
Viviane Romance.

« Toujours à l’époque de la zone libre, aux studios de la Victorine […] Le premier film tourné (…) fut : Vénus aveugle d’Abel Gance avec la grande Viviane Romance. J’avais tourné dans le dernier film d’Abel avant le début de la guerre : Paradis perdu et Gance m’appela aussi pour celui-là. Le film fut plein de situations amusantes. Par exemple, la femme de Gance, Mary-Lou, s’était disputée avec Viviane, elles ne se parlèrent plus. Alors, dans la deuxième partie du film, les scènes avec Mary-Lou étaient bien dirigées par Abel, mais celles de Viviane l’étaient par l’assistant : Edmond Gréville. J’avais une bagarre avec Georges Flament qui était, à l’époque, le fiancé de la vedette. Il détestait que je répète le surnom de Viviane que l’on appelait : « Le soutien-gorge » !

Pendant le film et aussi après, je disputai souvent des parties de ping-pong avec Viviane. Elle jouait plutôt mal, mais avec enthousiasme. Une fois, elle organisa un coup fourré à Marcel Achard. Marcel jouait assez mal et moi assez bien. Alors Viviane me fit jouer contre elle, et je perdis, puis elle défia Achard de me battre. Comme il avait toujours battu Viviane, il accepta. Cela se passait au Martinez de Cannes. Marcel Achard fit cinq points en deux sets contre moi et ne m’adressa plus la paroles pendant plusieurs semaines. Frank Villard, qui devait succéder à Flament dans le cœur de Viviane, m’a dit ceci :

– « Viviane ne fait l’amour que par amour ».

J’ai trouvé cela joli, et c’était sûrement vrai. » (pp. 133-136)

LA RIVALE, fotoromanzo
Avec Anna Maria Ferrero** dans le roman-photo du film La rivale, « film sentimental de 1956 ».
*Ancienne vedette de romans-photos et actrice de cinéma devenue doubleuse (source Objéctif Cinéma).
**Heureuse coïncidence, notre association a rencontré cette année et l’époux d’Anna Maria Ferrero, Jean Sorel, à Paris, et l’épouse de Gérard Landry, Annie De la Gatinerie, à Villefranche. Merci à l’amicale pour le prêt du roman-photo, exemplaire personnel de Mme Landry. 

 

« Je me souviens avoir vu…

Tournage, photo Nice-Matin, 21 juin 2001
Photo de Richard Ray pour « Nice-Matin », première image de La Repentie publiée le 21 juin 2001.

… Isabelle Adjani pendant le tournage de La Repentie en 2001 à Nice. Alors que les techniciens préparaient les décors sur la zone piétonne, Isabelle, toute vêtue de noir, était assise dans un coin en train de relire son scénario. Pétrifié à l’idée de l’approcher pour faire des photos, je me suis tenu à distance et j’ai utilisé mon zoom. Pas mal de badauds passaient devant elle, attirés par l’agitation du tournage, or personne ne l’a une seule fois remarquée. Personne ne s’est imaginé que cette femme en noir, sagement assise en attendant sa scène, c’était Isabelle Adjani. »

Denis, Nice, 2018.

La Comédie du train des Pignes (1975)

Nous remercions José Banaudo, membre fondateur du Groupe d’Etude pour les Chemins de fer de Provence, pour le partage de ce souvenir.

La Comédie du train des Pignes

« Je me souviens bien de ce film qui avait été projeté à la MJC niçoise de Magnan en 1975, alors que la ligne Nice – Digne des Chemins de fer de Provence était sérieusement menacée de fermeture, ce qui venait d’entraîner quelques mois auparavant la création de notre association GECP pour la défense et la promotion de ce service public ferroviaire. Le but annoncé du film était de prendre lui aussi la défense de la ligne. Pourtant, après l’avoir visionné, la plupart d’entre nous avions jugé sa démarche trop « intellectualo-parisienne » et si éloignée de la réalité de ce train, que l’effet ressenti était l’inverse de celui souhaité : musique lancinante, gros plan insistant sur des rails tordus, interview d’un cheminot dans une épave d’autorail en attente de démolition, rôle totalement décalé de Philippe Léotard en mécanicien d’opérette… Il en ressortait une impression de désespoir et de résignation, aussi le spectateur non averti ne pouvait que conclure : « Cette ligne ne sert plus à rien, on peut la fermer »… Nous étions dans la salle un petit nombre de défenseurs de la première heure de ce train menacé, et nous avions tenté d’en débattre avec le réalisateur François de Chavanes. Malheureusement celui-ci avait coupé court à la discussion, estimant que nous n’avions rien compris à sa démarche artistique…

Depuis cette présentation il y a maintenant 43 ans, nous n’avons jamais eu l’occasion de revoir ce film et nous ne connaissons personne qui en ait une copie. Si c’était le cas, nous aimerions bien en avoir une pour les archives de l’association car ce film est typique de son époque et, avec le recul, peut-être le percevrions-nous autrement aujourd’hui ? »

José Banaudo, 2018.

"La Comédie du train des Pignes" (1975) de François de Chavanes a dernièrement été diffusé à Paris en 2018 et à Digne en 2014.