Entretiens Prise 2, n°2 (A)

Entretien Prise 2 n°2, Jean Sorel

« Du drap d’Autant-Lara à la résurrection de Lucio Fulci : conversation avec Jean Sorel »

Chair de poule (1)
Robert Hossein (à gauche) et Jean Sorel (à droite) dans Chair de poule (1963).

Soixante ans après ses débuts de comédien à Nice aux Studios de la Victorine, sujet d’un premier entretien présenté dans notre DVD « Cinéma à Nice » (sur commande : associationprise2@hotmail.com) et dont vous pouvez voir un extrait en début d’article, Jean Sorel tourne toujours. Soixante ans qu’il slalome entre films de maîtres et séries B, nouvelle vague italienne et qualité française, œuvres éternelles et productions marginales, premiers rôles et apparitions. L’acteur a ainsi connu les plus grands artistes et producteurs de son temps, le faste des coproductions internationales, mais aussi la dégradation de tout un système, celui de l’audiovisuel européen, entamée dès le début des années soixante-dix, à l’orée d’une nouvelle carrière à la télévision (1), qui s’étendra au théâtre à partir des années quatre-vingt.

La conversation commence là où s’arrêtait l’entretien filmé, après avoir évoqué ses trois premiers films, « J’irai cracher sur vos tombes » (1959), « Les Lionceaux » (1960) et « Les Adolescentes » (1960), mais aussi « La Bataille de Naples » (1962), « Chacal » (1973), « Perversion Story » (1969) et pour une part « Vive Henri IV… vive l’amour » (1961), sa toute première grande production.

Vive Henri IV... vive l'amour (2)
« Vive Henri IV… vive l’amour » (1961) [en photo ci-dessus] avait été produit par Ray Ventura.

Ray Ventura, celui de l’orchestre ?

Oui, il voulait d’ailleurs imposer à Claude Autant-Lara [en photo en 1960, plus bas] son neveu Sacha Distel pour le rôle du prince de Condé avant que vous ne soyez pris pour le rôle. Autant-Lara s’étant totalement opposé au choix de Distel.

Je ne le savais pas. Il a fait très peu de cinéma Distel. Comme on disait à l’époque, il avait un bon physique. Il aurait très bien pu faire une carrière d’acteur. Ventura a dû faire aussi la musique, non ?

Claude Autant-Lara en 1960Non, ça n’était pas lui [mais René Cloërec, fidèle compositeur d’Autant-Lara]. Dans l’archive que j’ai visionnée du tournage du film (2), on voit Autant-Lara vous faire répéter un duel à l’épée. Il parle aussi de ses choix artistiques. On le sent énergique, déterminé… On dit qu’il était assez peu patient avec les jeunes acteurs et qu’il préférait travailler avec les actrices. Vous, vous l’avez perçu comment, Autant-Lara ?

C’était quelqu’un de pas facile du tout. Il travaillait avec sa femme [Ghislaine Autant-Lara] qui était première assistante. Je me souviens qu’il bougeait tout le temps, toujours très tendu, nerveux. Non pas parce qu’il vous en voulait personnellement, il était comme ça. Même pendant les prises, quand il se mettait à côté de la caméra, une de ces grosses caméras d’autrefois, il continuait de bouger. Jouer sa scène face à un metteur en scène qui gesticule dans tous les sens, c’était terrible ! A un certain moment, pendant le tournage, je ne sais plus qui avait demandé ça, on lui a mis un drap sur la tête avec deux trous au niveau des yeux. Comme ça, il a pu continuer de bouger autant qu’il le voulait ! Sinon, c’était quelqu’un qui dirigeait bien les gens, qui dirigeait beaucoup.

Il haïssait l’imprévu.

Ça n’était pas un cinéaste néoréaliste ou Nouvelle-Vague, ça non ! Autant-Lara reste néanmoins un très grand metteur en scène. Vous vous souvenez, il avait fait ce film avec Gérard Philipe…

« Le Rouge et le Noir » (1954) ?

Oui et un autre. L’histoire d’une femme mariée à un officier qui pendant la guerre de quatorze s’éprend d’un jeune étudiant. Un merveilleux film, dont le titre m’échappe.

Ah, « Le Diable au corps » (1947) !

C’est ça.

Autant-Lara n’a donc pas été particulièrement difficile avec vous ?

C’était quelqu’un de difficile mais comme beaucoup de metteurs en scène. Il y en a eu des terribles. Clouzot, il paraît que c’était terrifiant de travailler avec lui.

Après « Vive Henri IV… vive l’amour », il était prévu que vous tourniez un film avec Rossellini.

La giornata balorda

Oui, j’ai eu un projet avec lui. Je l’avais rencontré à Paris à l’hôtel pour un film qu’on devait faire ensemble en ex-Yougoslavie, mais qui malheureusement n’a pas abouti. Lui était un formidable bonhomme, d’une grande gentillesse. Pas comme Clouzot, qui devait se prendre horriblement au sérieux ! 

Avec les Italiens, il y avait cette facilité de contact. Vous vous sentiez bien tout de suite avec eux. Ils étaient amicaux, n’avaient pas ce sens de la hiérarchie qu’il y a toujours eu en France. Le metteur en scène, le scénariste, le dialoguiste étaient des personnes très à leur place dans le cinéma français. Quand vous, acteur, vous vous présentiez devant eux avec une suggestion, le dialogue était quasiment impossible.

Alors qu’avec les Italiens c’était le contraire.

Au début de ma carrière en Italie, c’était formidable. Moravia et Pasolini alors scénaristes et dialoguistes [de « Ça s’est passé à Rome », 1960, affiche ci-contre] étaient présents sur le plateau. Vous pouviez aller les voir et leur demander de changer une réplique que vous ne sentiez pas, ils le faisaient volontiers. Ils vous écoutaient. Avec les Italiens, vous pouviez ouvrir la bouche. Alors qu’en France…

… les dialoguistes pouvaient porter plainte pour dialogues non respectés ! Comme cela s’est passé à la sortie de « Vive Henri IV… vive l’amour ».

C’est extraordinaire.

Au printemps 1963, vous revenez tourner à Nice et dans les alentours « Chair de poule » de Duvivier, une adaptation de la Série noire inspirée du Facteur sonne toujours deux fois, avec Robert Hossein, mais aussi Catherine Rouvel…

Une fille adorable, d’une beauté incroyable. Elle habite tout près d’ici, je la croise de temps en temps. On se téléphone.

Le rôle de garce qu’elle tient dans le film était un vrai chamboulement après « Le Déjeuner sur l’herbe » de Renoir.

Le film de Renoir, c’était donc avant « Chair de poule » ?

Oui, trois ou quatre ans avant… Les intérieurs de « Chair de poule » avaient été filmés à la Victorine et les extérieurs dans l’arrière-pays niçois, notamment au col de Vence sur un site désertique.

Oui, une fausse pompe à essence avait été construite là-bas.

Col de Vence, Chair de poule
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Le Relais du col… J’y suis retournée. L’emplacement du décor est toujours là. L’endroit n’a beaucoup changé [photogramme plus haut].

Vraiment ?

Oui… On est très surpris à la fin du film d’assister au volte-face de votre personnage. C’était une première, non ?

Hossein est formidable dans le film. A priori, ça devait être lui qui devait jouer le rôle du salaud et moi celui du bon larron. Et puis, finalement, ils ont changé.

C’est Duvivier qui avait voulu faire ce changement ?

Je pense oui, sinon les producteurs. « Chair de poule » avait été produit par Robert et Raymond Hakim, qui étaient des producteurs très importants. J’ai fait aussi avec eux « Belle de jour » (1967) et un troisième film [« La Ronde » de Roger Vadim en 1964]. A l’époque, on signait un contrat pour trois films. Hélas, on ne m’a pas beaucoup engagé pour jouer les méchants par la suite. Pourtant, j’ai toujours pensé que les vrais salauds devaient avoir au cinéma des têtes gentilles comme la mienne. Si d’emblée le type est terrifiant, on comprend tout de suite de quoi il s’agit. Alors qu’avec un physique totalement opposé, une façon d’être, de marcher et de parler plutôt classique, là ça devient différent.

C’est tout à fait ce que vous jouez dans « Chair de poule » : un salaud qu’on ne voit pas venir. Un peu trop froid pour être tout à fait normal mais suffisamment pour tromper le public. Il vous faudra attendre les policiers italiens, les gialli, et la fin des années soixante pour que vous retrouviez des ambiances similaires.

Après « Chair de poule », il y a eu « Sandra » (1965) de Visconti et « Belle de jour ». Ensuite est venu Fulci, désormais très fameux, avec lequel j’ai fait deux films [« Perversion Story » en 1969 et « Le Venin de la peur » en 1971].

Votre premier giallo, c’est un peu avant Fulci, « L’Adorable corps de Deborah » de Romolo Guerrieri, en 1967-68. Vous en avez fait un certain nombre en Italie et en Espagne, des gialli. Ce sont des films qui vous intéressaient, dans lesquels vous aimiez tourner ou il s’agissait seulement des propositions du moment ?

Ces films marchaient bien en salles. Ce qui s’est passé c’est qu’après le film de Visconti,  « Sandra » [photo d’exploitation ci-dessous], qui est un film admirable, on a commencé à avoir des doutes à mon sujet.

Vaghe stelle dell'Orsa

Une fois que vous avez travaillé avec un très grand metteur en scène, c’est plus difficile après que les gens vous appellent, aussi étonnant que cela puisse paraître et même si vous étiez très bien dans le film. Parce qu’ils s’imaginent que ça a dû vous monter à la tête. Fulci, Guerrieri, les gens qui m’ont appelé après Visconti, c’était pour ces films-là. J’ai bien sûr été engagé dans d’autres films, avec des cinéastes plus sérieux, comme Lizzani par exemple. Mais c’est tout de même un phénomène assez curieux, que les jeunes metteurs en scène aient cette inquiétude, qu’ils aient peur de vous engager après que vous ayez tourné dans un grand film. Je ne sais pas pourquoi. J’ai vu ça plusieurs fois et je ne parle pas que de moi, c’est arrivé à d’autres jeunes comédiens.

On voit quelques fois les acteurs aller vers les metteurs en scène. Ça vous est arrivé de le faire ?

Non, je n’ai jamais pu faire ça ou su le faire. Je n’ai jamais pu passer un coup de fil à quelqu’un en disant : « Ce que vous faites est formidable, j’aimerais travailler avec vous ». Jamais pu le faire. Jamais. Les gens me disaient quelques fois « Appelle-le ! », en parlant de telle ou telle personne dont j’admirais le travail. Mais je ne peux pas. Par timidité peut-être. Je ne sais pas. Si j’appelle et que ce monsieur me répond « Oui oui, je suis très content de votre appel, mais pour l’instant vraiment je n’ai absolument rien pour vous », là c’est l’horreur absolue.

Ça serait comme inverser les rôles.

C’est sûrement formidable d’arriver à le faire. Moi, j’en suis incapable.

« L’Adorable corps de Deborah » a été tourné à Nice, Rome, Genève… Ces gialli vous auront fait voyagé.

Ce que j’ai adoré dans ce métier c’est de pouvoir partir loin, en voiture, en avion… En bateau quand je suis allé tourner à New York le film de Sidney Lumet [« Vu du pont » en 1962] ! Partir, partir, partir. Etre ailleurs tout en travaillant, c’est ce qu’il y a de mieux. L’idée de rester fixe dans un endroit m’ennuyait. Le système des coproductions avait ça de merveilleux, il permettait de voyager tout le temps. Et des coproductions italiennes, j’en ai fait de partout.

Vous avez tourné partout et beaucoup avec le désir de ne jamais arrêter, j’ai l’impression. Vous avez aussi retrouvé quelques fois des réalisateurs ou des acteurs, surtout en Italie. Carroll Baker par exemple, vous avez rejoué avec elle très peu de temps après « … Deborah » [dans « Paranoia » d’Umberto Lenzi en 1970].

Carroll Baker était adorable. C’était l’époque où tout le cinéma américain venait tourner en Italie. Refaire des films avec les mêmes personnes, on le fait volontiers s’il y a de l’estime et de la complicité. Tout devient plus facile, rapide. On se trompe moins sur ce dont les autres ont envie.

Aller à la partie B

 

(1) Il sera à la télévision française le héros d’ambitieuses adaptations littéraires : Ryno de Marigny dans Une vieille maîtresse (1975) d’après Barbey d’Aurevilly, Vial dans La Naissance du jour (1980) d’après Colette (diffusé gratuitement par l’INA), le fils d’Une mère russe (1981) d’après Alain Bosquet et Wolf dans L’Herbe rouge (1985) d’après Boris Vian.
(2) Archive INA présentée dans l’édition Blu-ray du film par Gaumont. D’autres d’actualités avec Jean Sorel sur Ina.fr : sur le tournage d’Amélie ou le temps d’aimer (1961) et au Festival de Cannes en 1985 pour L’Herbe rouge, en hommage à Pierre Kast.

Les petites mains de Villefranche-sur-mer (2)

L'article en PDF de Nice-Matin cité dans la vidéo : "La doublure préférée de David Niven est un Niçois" [1968 ; source manquante]

Alberto Codecasa avec Roger Moore, tournage à Nice d'Amicalement vôtre... (1970) - Il était sa doublure lumière

Entré dans le métier en 1962, Alberto dit « Albert » Codecasa était connu à Nice et à Villefranche-sur-mer, où il s’était installé, comme doublure de vedettes pour le cinéma et la télévision*, « doublure lumière », précise sa fille Martine, rencontrée grâce à l’Amicale de Villefranche, qui nous a une fois de plus permis d’illustrer cet article. 

Présent sur les plateaux au moment de la mise au point, Alberto Codecasa, qui fut également dans la foulée cascadeur, mannequin, comédien** et assistant-réalisateur***, a notamment travaillé avec Jean-Paul Belmondo, David Niven (1) et Roger Moore [à droite, en compagnie de Codecasa] en tournage sur nos terres, aux Studios de la Victorine et à proximité, dans les départements des Alpes-maritimes et du Var, en Corse, à Monaco mais aussi en Italie.

Nous avons demandé à Jean-Louis Pagnotta de l’Amicale, qui a été son ami, de nous dire un mot sur lui et de nous lire un passage de l’article que lui avait consacré Nice-Matin évoquant l’amitié entre Codecasa et David Niven à l’époque du Cerveau (1969). Lecture et commentaire que nous avons monté dans la vidéo, postée plus haut, avec les images Super 8 du tournage du film enregistrées en amateur par le machiniste Dimitri Batritchevitch.

Alberto Codecasa dans un Gendarme...

Filmographie

*Christopher Plummer dans La Fantastique histoire vraie d’Eddie Chapman (1966, Terence Young) et Waterloo (1970, Sergei Bondarchuk) ; Kerwin Mathews dans OSS 117 se déchaîne (1963, André Hunebelle) et Le Vicomte règle ses comptes (1967, Maurice Cloche) ; Paul Henreid dans La Folle de Chaillot (1969, Bryan Forbes) ; David Niven dans Le Cerveau (1969, Gérard Oury) ; Roger Moore dans « Premier contact » (n°1), « Les Pièces d’or » (n°2), « La Danseuse » (n°5), « Le Complot » (n°6) et « Un ami d’enfance » (n°10), épisodes en partie tournés sur la Côte d’Azur de la série Amicalement vôtre (1971-72) ; Jean-Paul Belmondo…

**Dans Le Gendarme de Saint-Tropez (1964) de Jean Girault [Codecasa y est un gendarme, voir photo] ; Grand Prix (1966) de John Frankenheimer [en tant que comédien et/ou cascadeur] ; Le Démoniaque (1968) de René Gainville ; Les Cracks (1968) d’Alex Joffé [en tant que comédien et/ou cascadeur].

***De Ken Annakin et Sam Itzkovitch pour Gonflés à bloc (1969).

(1) Acteur familier de bien des Villefranchois – qu’ils voyaient souvent à la sortie des classes, jouant aux boules, naviguant, ou bien, pour certains, quand ils se rendaient chez lui réaliser des travaux d’aménagement -, résidant chaleureux et paisible de la villa la Fleur du Cap, une des plus belles propriétés des alentours, située sur la baie des Fourmis à Saint-Jean-Cap-Ferrat, où se trouve désormais une place « David Niven ».

Carnets de figuration

The Good Thief (2)
Le Régina à Nice transformé en casino dans « L’Homme de la Riviera » (2002).

Infatigable figurant passionné par la technique audiovisuelle et les coulisses de film, Denis nous a confié il y a quelques mois une copie Word des 153 fiches de tournages auxquels il a participé en PACA et à proximité, Monaco, l’Italie, depuis 2001. En voici les 6 premières, datant de 2001 à 2004, que nous avons adaptées avec son accord et qui formeront bientôt de grands « Carnets de figuration ». Nous le remercions pour sa gentillesse et sa confiance.

Les films ou téléfilms concernés sont les suivants : Sables mouvants et L’Homme de la Riviera à Nice, 24 heures de la vie d’une femme à Menton, Les Liaisons dangereuses au Cap d’Antibes, Ocean’s Twelve à Monaco et Brice de Nice à Mougins.

Le document PDF des fiches est ici : Fiches de tournages de 2001 à 2004

Catherine Deneuve, vision alpine… (2)

Aller à la première

« Clara » dans Le Chant du monde (1965), d’après Giono

Le Chant du monde
Avec Hardy Krüger.

Et « Clara » en tableau…

Serge Fiorio, illustration du Chant du monde
Serge Fiorio, scène d’accouchement de Clara dans Le Chant du monde de Jean Giono (1935, 180 x 170).

« C’était la reproduction d’un tableau comme je n’en avais jamais vu. 

Un sujet central y était peint dont on ne voyait que la robe somptueuse dans sa simplicité, tant le visage lisse que celle-ci éclairait importait peu dans le fond.

Autour de cette physionomie énigmatique parce que sans expression, une demi-douzaine de personnages en demi-cercle figuraient le chœur d’une tragédie muette. (…)

Tyde [Monnier] me dit que la robe de la jeune femme était bleue et que ce bleu inouï lui avait donné envie d’écrire une pièce de théâtre dont l’ébauche était éparpillée sur la table et qu’elle l’appellerait Joïa.

Cette femme en robe bleue, me dit-elle encore, c’était Clara, l’aveugle du Chant du monde, représentée sur le point d’accoucher parmi la forêt et les bêtes. Derrière elle se tenaient les arbres du monde et les êtres du monde et il ne fallait pas prêter longtemps attention, surtout lorsqu’on a dix-sept ans, pour les entendre chanter. »

Pierre Magnan, Mes rencontres avec l'œuvre.

 

Catherine Deneuve, vision alpine… (1)

Aller à la deuxième

Dans Belle de jour (1967).

Belle de jour (1)Belle de jour (2)En plein cœur de la station de Valberg à Guillaumes (06) dans les Alpes du Sud, en compagnie de Jean Sorel et Macha Méril, où l’on distingue le restaurant « Le Valbergan » et le loueur de matériel de ski « Le Chalet canadien », qui existent toujours, ainsi que l’ex-« Grand Hôtel », désormais « Adonis ».
Belle de jour (3)Belle de jour (4)Au « Grand Hôtel des Skieurs », 1669 mètres, repérable à ses fenêtres scindées à l’horizontale, toujours à Valberg, avec les mêmes acteurs, plus Michel Piccoli. L’hôtel semble avoir disparu, il ne figure plus que sur d’anciennes cartes postales.

 

Gérard Landry, le côtier

Sérénade au bourreau
Dans Sérénade au bourreau (1951), en partie tourné, pour les extérieurs, dans les Alpes-Maritimes.

Gérard Landry (Buenos Aires, 1912 – Nice, 1999), né Landry de La Gatinerie, acteur français de renommée internationale, on l’a vu chez Renoir (« La Bête humaine », 1938), Abel Gance (« Vénus aveugle », 1941) ou Carol Reed (« Trapèze », 1956), a surtout fait carrière en Italie. Très connu là-bas, comme son fils après lui, l’acteur Marc Porel (1949-1983), il y tourne une quarantaine de films, soit l’essentiel de sa filmographie, entre les années cinquante et quatre-vingt.

Charme moqueur et moustache impeccable, héros vaillant et romantique, Gérard Landry est un habitué des mélodrames, des films de cape et d’épée, mais aussi des romans photos qui feront fureur après-guerre un peu partout. Vedette d’un autre temps, son public est à la fois très féminin et très juvénile : les femmes le languissent tandis que les petits garçons rêvent de lui ressembler. Un grand écart qui ne manquera pas de l’amuser tout au long de sa vie.

Comédien sous l’occupation, il joue dans une poignée de films réalisés en zone libre, dont « Lunegarde » avec Gaby Morlay, puis s’engage en 1941 dans la Résistance. Il participe en août 44 aux combats pour la Libération de Paris. Action qui le verra décoré de la Croix de guerre.

Familier de la Côte d’Azur, l’acteur s’installe dans les années soixante-dix, bien qu’il réside encore à Rome, à Villefranche-sur-mer (06) avec son épouse Annie, ex-Alberti*, et leurs chiens. Très apprécié des riverains – lire le souvenir d’une amie connue à Villefranche -, on le croise souvent aux boules ou au port de la Darse où il a son pointu. L’Amicale section photo-cinéma des anciens élèves de Villefranche œuvre depuis plusieurs années, avec la complicité de son épouse Annie de La Gatinerie, à constituer une mémoire de l’acteur et à repérer les films qu’il a tourné dans les environs.

Une soirée hommage à Gérard Landry fut organisée par l’ensemble de l’amicale le 9 décembre 2011 à l’auditorium de la commune avec l’appui de la municipalité.

Gérard Landry a publié en 1991 un livre de souvenirs, « Un homme digne d’avoir un chien » (Editions SOCAD), faisant parfois état de ses pérégrinations locales. En voici trois :

Paradis perdu
Fernand Gravey et Micheline Presle dans Paradis perdu (1940).

1. MISTINGUETT

« Quand nous tournions Paradis perdu sur la côte, elle venait nous voir sur une bicyclette d’homme. Elle avait encore de très jolies jambes, aussi arrivait-elle en short… (elle ne devait pas être loin de ses quatre-vingts printemps).

Juste après la guerre, nous nous trouvions, je ne sais plus pourquoi, Mistinguett, Charles Trénet, Maurice Chevalier, Steve Passeur et moi, pour boire un verre à La Bocca. Au moment de payer, il y eut un peu de suspense. Qui allait payer ? Je venais d’être démobilisé et n’avais pas un sou. J’ai été très lâche, j’ai fait semblant d’être appelé au téléphone et me suis tiré. Steve Passeur en a fait autant et nous ne sûmes jamais ce qui s’est passé après notre départ. Pour les gens non avertis, je dois ajouter que la qualité principale des grandes vedettes, abandonnées par nous, n’était pas la largesse… » (p. 39)

2. CLAUDE DAUPHIN

« J’ai tourné deux films sous l’occupation avec Claude. Le plus important fut : Les Hommes sans peur qui étaient Jean Murat, Claude et moi. La vedette féminine était Madeleine Sologne qui est une fille très, très, très bien. Elle l’a prouvé.

A cette époque c’était le bon temps des restrictions et quand le contrôle de police, à l’entrée de Nice, nous demandait qui nous étions, Dauphin répondait :

– « Les hommes sans beurre ! ».

Le film fini, je déjeunai un jour à Juan, avec Claude et Jean-Pierre Aumont. Le lendemain, nous partions tous les trois pour des destinations différentes. Jean-Pierre pour les Etats-Unis, Claude pour Londres et moi, pas loin, pour Cagnes où j’allais me mettre en contact avec celui qui allait devenir le colonel Foury. » (p. 47)

3. FILM EN ZONE LIBRE, SOUS L’OCCUPATION : … ET QUELQUES VEDETTES

Viviane Romance
Viviane Romance.

« Toujours à l’époque de la zone libre, aux studios de la Victorine […] Le premier film tourné (…) fut : Vénus aveugle d’Abel Gance avec la grande Viviane Romance. J’avais tourné dans le dernier film d’Abel avant le début de la guerre : Paradis perdu et Gance m’appela aussi pour celui-là. Le film fut plein de situations amusantes. Par exemple, la femme de Gance, Mary-Lou, s’était disputée avec Viviane, elles ne se parlèrent plus. Alors, dans la deuxième partie du film, les scènes avec Mary-Lou étaient bien dirigées par Abel, mais celles de Viviane l’étaient par l’assistant : Edmond Gréville. J’avais une bagarre avec Georges Flament qui était, à l’époque, le fiancé de la vedette. Il détestait que je répète le surnom de Viviane que l’on appelait : « Le soutien-gorge » !

Pendant le film et aussi après, je disputai souvent des parties de ping-pong avec Viviane. Elle jouait plutôt mal, mais avec enthousiasme. Une fois, elle organisa un coup fourré à Marcel Achard. Marcel jouait assez mal et moi assez bien. Alors Viviane me fit jouer contre elle, et je perdis, puis elle défia Achard de me battre. Comme il avait toujours battu Viviane, il accepta. Cela se passait au Martinez de Cannes. Marcel Achard fit cinq points en deux sets contre moi et ne m’adressa plus la paroles pendant plusieurs semaines. Frank Villard, qui devait succéder à Flament dans le cœur de Viviane, m’a dit ceci :

– « Viviane ne fait l’amour que par amour ».

J’ai trouvé cela joli, et c’était sûrement vrai. » (pp. 133-136)

LA RIVALE, fotoromanzo
Avec Anna Maria Ferrero** dans le roman-photo du film La rivale, « film sentimental de 1956 ».
*Ancienne vedette de romans photos et actrice de cinéma devenue doubleuse (source Objéctif Cinéma).
**Heureuse coïncidence, notre association a rencontré cette année et l’époux d’Anna Maria Ferrero, Jean Sorel, à Paris, et l’épouse de Gérard Landry, Annie de La Gatinerie, à Villefranche. Merci à l’amicale pour le prêt du roman-photo, exemplaire personnel de Mme Landry. 

 

Voyage à deux (1966)

Tourné entre le 3 mai et le 1er septembre 1966, « Voyage à deux » (« Two for the Road »), le road-movie extra-temporel de Stanley Donen, a fait escale dans plusieurs ports de la Côte : ceux de Saint-Tropez, Grimaud, Nice, mais aussi dans les communes de Ramatuelle et La Colle-sur-loup. Des essais costumes, en avril, et des scènes en studio furent aussi réalisées à la Victorine, toujours à Nice, notamment en août 66. Nous avons retrouvé quelques photos signées Terry O’Neill d’Audrey Hepburn en ‘Joanna Wallace’, l’héroïne du film, de ce passage aux studios. Seule la première photo, prise pendant une pause en août, ne fait pas partie des essais costumes.

Audrey, pause déjeuner

Audrey, essais costumes (1)Audrey, essais costumes (3)

Audrey, essais costumes (4)

Audrey, essais costumes (2)