Nice sans Nice

Nice à la Libération

« Où est passée Nice ? » pourrait-on se demander à la vision de La Promesse de l’aube, la nouvelle adaptation du roman éponyme et autobiographique de Romain Gary sortie en salles avant les fêtes.

Nice, pourtant très importante dans le récit des aventures du jeune Gary, demeure dans le film un parfait mirage. Outre de courtes scènes filmées sur place dans la cité marchande de la Buffa, si chère à Gary – Mina sa mère y faisait les courses pour les clients de son hôtel, la pension Mermonts, située en bas de l’actuel boulevard François Grosso (où se trouve aujourd’hui une plaque à la mémoire de l’artiste et du héros) -, un paysage du Vieux-Nice, authentique ou non, et un célèbre point de vue de la ville après la guerre, retouché pour l’occasion, c’est ailleurs, et parfois tout près, qu’Eric Barbier, le réalisateur, a réinventé la ville qui avait tant fasciné et inspiré l’écrivain.

Tourné davantage à l’étranger qu’en France, c’est notamment en Italie du Nord, en Ligurie, dans la province d’Imperia, à Vintimille, Bordighera et San Remo, et en Hongrie (la production s’est également rendue dans le Sud de l’Italie, à Bari et à Matera pour figurer un village mexicain, en Belgique et au Maroc) que le film a pu trouver les lieux enchanteurs et la douceur d’un temps révolu, envolés avec la Nice contemporaine.

Voici quelques images annotées de la Nice imaginaire tirées de La Promesse de l’aube et de son tournage.

 

Gare de Budapest-Nyugati (2)Gare de Budapest-Nyugati (1)GARE DE NICE-VILLE. Après examen du plan de making-of sur le quai de gare, une affiche en arrière-plan, derrière la verrière, celle du court-métrage hongrois Mindenki (sorti en 2016 et primé aux Oscars), détail effacé au montage, m’a permis d’identifier la gare en question. Le film ayant été tourné à Budapest pour les séquences se déroulant à Vilnius en Lituanie, il s’agit donc de la gare de Budapest-Nyugati, construite par la société Eiffel et conservée à l’identique. Les guichets de la gare, également exploités dans le film, ne semblent en effet pas avoir bougé depuis 1877 !

 

Arrivés à Nice (1)Arrivés à Nice (2)L’ATTRAIT DU BLEU. Mina et son fils arrivent à Nice et s’installent dans une avenue Shakespeare de cinéma (la vraie se situant à l’Ouest de la ville, dans les environs de la Cathédrale orthodoxe Saint-Nicolas), donnant sur la mer et les clochers de la Vieille Ville. Le premier plan est tourné en Italie, à Bordighera Alta sur la via Dritta, et le suivant, vraisemblablement à Nice, bien que j’ai l’impression qu’il s’agisse d’un faux.

 

Pension MermontsLA PENSION MERMONTS. Ancien hôtel désaffecté situé près de la mairie de Bordighera Alta, cette nouvelle pension Mermonts fut rafraîchie et réaménagée d’époque (les années 20-30) pour le film. On reconnaît à gauche une partie du ficus géant (concurrent du fameux spécimen du musée Bicknell de Bordighera) qui marque l’entrée du vieux village. Je me souviens avoir constaté en m’y baladant l’année dernière que l’hôtel semblait avoir été réparé, sans savoir encore que le cinéma était passé par là…

 

girano film a bordighera

MAISON SERUSIER. De nouveau à Bordighera, mais cette fois dans le centre-ville. Une boutique très ancienne, Richetta, fermée depuis quelques années, au numéro 147 de la via Vittorio Emanuele II, l’avenue centrale, ressuscite le temps de la scène chez l’antiquaire où Mina accompagnée de Romain cherche à vendre son samovar « historique ».  Sur l’aperçu de la carte Google à l’adresse de la boutique, on peut toujours lire l’inscription créée pour le film, « Maison Serusier, Orfèvre-Antiquaire », sur la vitrine du magasin.

 

4BAINS JETÉE-PROMENADE. Même pour une scène aussi anodine que celle de Romain Gary jeune homme sur la plage de la mythique Jetée-Promenade encore sur pied, ajoutée numériquement dans le film dans un coin de l’image, c’est à Vintimille qu’elle fut réalisée, sur la plage de Marina San Giuseppe, où l’accès et le terrain sont plus praticables qu’à Nice. Au sujet de la Jetée-Promenade (à laquelle le musée d’Archéologie rendra bientôt hommage), on l’apercevra de nouveau vers la fin du film, dans le panoramique pris de la colline du Château, complètement désossée, à la Libération de Nice (voir le photogramme en haut de l’article).

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Nice et la mémoire du cinéma

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Noms de rue, de salles, de collèges ou de théâtres, plaques commémoratives, voici notre petit répertoire de la ciné-mémoire dans la ville.

Jean Vigo 
Paris 1905 – 1934
Période d’activité cinéma : de 1930 à 1934
Jean Vigo travaille en 1928 comme aide-opérateur à la production Franco-Film aux studios de la Victorine. En 1930, dans le cadre de la série Cités Symphonies, il réalise avec Boris Kaufman « A propos de Nice », un court documentaire muet, tourné en un jour dans la ville. Dans le communiqué de presse qui accompagne la sortie du film, Vigo écrit : « Ciel bleu, maisons blanches, mer éblouie, soleil, fleurs multicolores, cœur en liesse, telle apparaît d’abord l’ambiance niçoise. Mais ce n’est là que l’apparence éphémère, que la mort guette, d’une ville de plaisirs. » (Vigo chez les curistes)
– La salle Jean Vigo, qui accueille quelques fois des projections, est la salle de spectacles de l’Espace Magnan, situé rue Louis de Coppet derrière le collège Daudet et la piscine Jean Médecin.
– La rue Jean Vigo, à l’Arénas, non loin des Studios Riviera (ex-Victorine), serait l’un des lieux les moins fréquentables de Nice. « L’œil anarchique » ne pouvant y demeurer serein (Nice-Matin), le nom de Jean Vigo désignerait à Nice, aujourd’hui plus que jamais, le malaise qui étrangle la ville.

Romain Gary
Empire russe, Vilna 1914 – Paris 1980
Période d’activité cinéma : de 1958 à 1971
Réalisateur de deux films avec Jean Seberg, « Les Oiseaux vont mourir au Pérou » (1968) et « Police Magnum » (1971), Romain Gary a fait l’objet de plusieurs adaptations au cinéma : « Clair de femme » de Costa-Gavras, « La Vie devant soi » de Moshé Mizrahi, « Lady L », tourné à Nice en 1965, et « La Promesse de l’aube », pour deux versions, une en 1970 et l’autre en 2017, toutes deux tournées à Nice (bien que très peu pour la deuxième), ou encore « Dressé pour tuer » (d’après « Chien blanc »), l’électrochoc de Samuel Fuller.
– Une plaque commémorative Romain Gary a été inaugurée en 2013 aux Pervenches, 7 boulevard François Grosso, autrefois pension Mermonts gérée par Mina la mère de Gary où cet « enfant de Nice » vécut de 1930 à 1933 (La Croix). Une résidence universitaire Romain Gary existe aussi près du campus de Saint-Jean-D’Angely.

Marcel Pagnol 
Aubagne 1895 – Paris 1974
Période d’activité cinéma : de 1933 à 1967
Réalisateur de presque vingt films pour le cinéma, également scénariste et dialoguiste, Marcel Pagnol est mobilisé au 163e régiment d’infanterie de Nice en 1914 ; une plaque sur la façade du Palais Rusca commémore le départ du régiment.
– Très en pente et uniquement résidentielle, la rue Marcel Pagnol se trouve à Saint Sylvestre. Proche de la Villa Arson, elle rejoint celle du pater provençal, l’avenue Frédéric Mistral.

Sacha Guitry
Russie, Saint-Pétersbourg 1885 – Paris 1957
Période d’activité cinéma : de 1914 à 1957
Acteur, réalisateur, scénariste et dialoguiste, comme Marcel Pagnol, Sacha Guitry a souvent porté ses propres pièces à l’écran. Il possédait à Nice une vaste résidence sur la colline de Cimiez, avenue Emile Bieckert, qui abrite désormais un hôtel de charme, Le Petit Palais.
– En plein centre de Nice, la rue Sacha Guitry, cachée par les Galeries Lafayette et accessible par la place Masséna, abritait jadis le théâtre Sacha Guitry, plus tard aménagé en restaurant. La « salle » deviendra le temple du Chef Jacques Maximin puis sera gérée par La Brasserie Flo et par les Brasseries Georges, ces derniers la rénovèrent entièrement. Le local est actuellement inoccupé.

Pierre Brasseur
Paris 1905 – Italie, Brunico 1972
et
Michel Simon
Suisse, Genève 1895 – Bry-sur-Marne 1975
Monstres sacrés des planches et du grand écran, Pierre Brasseur, qui fut aussi metteur en scène de théâtre, et Michel Simon se sont retrouvés plusieurs fois au cinéma. Dans « Le Quai des brumes » ou « Deux heures à tuer », mais surtout dans « La Plus belle soirée de ma vie », dernier film de Pierre Brasseur, qui décéda à la fin du tournage ; épisode raconté par Claude Dauphin dans ses « Derniers trombones ».
– Le Théâtre National de Nice (TNN), sur la Promenade des Arts, possède depuis 1989 deux salles de représentation : la salle Pierre Brasseur, la plus grande du théâtre, et la salle Michel Simon, un amphithéâtre plus intimiste.

Henri Langlois
Turquie, Smyrne 1914 – Paris 1977
Période d’activité cinéma : de 1935 à 1977
Henri Langlois est l’un des créateurs de la Cinémathèque française et le fondateur du Musée du cinéma. Figure très controversée de son vivant, son travail à la Cinémathèque fut salué par un Oscar à Hollywood en 1974. Un long documentaire lui a été consacré, « Le Fantôme d’Henri Langlois » en 2004, ainsi qu’une exposition « Le Musée imaginaire d’Henri Langlois », dix ans plus tard à la Cinémathèque française.
– Salle unique de la Cinémathèque de Nice, la salle Henri Langlois est à Acropolis, 1 esplanade Kennedy : on la trouve entre le Palais des Congrès et le bowling.
Langlois, accompagné de Dennis Hopper, avait inauguré peu avant sa mort la Cinémathèque de Nice, alors installée au Vieux-Nice. Cinémathèque dont il avait permis l’édification.

Jean Giono
Manosque 1895 – 1970
Période d’activité cinéma : de 1958 à 1963
Le plus souvent collaborateur, pour des courts-métrages, des documentaires ou des scénarios, Jean Giono ne réalisera seul qu’un seul film : « Crésus » avec Fernandel. Adapté au cinéma par Pagnol notamment, Giono supervisera lui-même la transposition, mal connue et pourtant superbe, de son roman « Un roi sans divertissement », sous l’égide de sa société de production Les films Jean Giono.
– Le collège Jean Giono est situé à Saint Roch rue Humbert Ricolfi.

Maurice Jaubert
Nice 1900 – Baccarat 1940
Période d’activité cinéma : de 1922 à 1939
Compositeur de musique de film pour Renoir, Vigo, Clair, Duvivier, Carné ou Pabst, Maurice Jaubert sera célébré par Truffaut à titre posthume dans les années 70.
« Plus méconnu qu’inconnu donc, ce Niçois Jaubert, épris de lumière méditerranéenne et d’arrière-pays secrets, ce catholique fervent, enfant de la bourgeoisie précoce en tout et « un peu trop bon élève » (il devient avocat à 19 ans), dont la vie brève mais dense, scandée de choix éthiques et politiques courageux dans l’entre-deux-guerres, se fracassa net au bois d’Azerailles en Lorraine pendant la bataille de France, cette même bataille qui enleva Nizan à la littérature, et fit de Claude Simon l’immense écrivain que l’on sait. » (Libération)
– Le collège Maurice Jaubert est à l’Ariane, cours Albert Camus. C’est en s’y rendant pour une rencontre avec des élèves que Maryline Desbiolles a eu l’idée d’écrire sur lui (Lire notre post précédent).

Lino Ventura
Italie, Parme 1919 – Saint-Cloud 1987

Acteur incontournable du cinéma populaire français des années 50 à 80, il a parallèlement travaillé au soutien des enfants handicapés et de leurs parents avec son association Perce-Neige, aujourd’hui fondation.
– A un kilomètre du collège Maurice Jaubert, le Théâtre Lino Ventura est avec le Palais Nikaïa la salle de concert la plus périphérique de la ville. Domicilié depuis 1992 sur le boulevard de l’Ariane, le Théâtre est devenu avec le temps la salle la plus branchée de Nice et des alentours.

Plus : il existe aussi une allée Gaby Morlay à Fabron, un square Jean Gabin place Pellegrini et une rue Joseph Kosma, grand compositeur de musique de films et notamment de la célèbre chanson « Les Feuilles mortes » d’abord entendue dans Les Portes de la nuit de Marcel Carné.