Rentrée de films : Fuocoammare…

Sur nos écrans depuis le 28 septembre, « Fuocoammare, par-delà Lampedusa », grand vainqueur de la dernière Berlinale, est la deuxième sortie française de Gianfranco Rosi.

Tout comme son précédent documentaire, « Sacro GRA » (2013) – qui lui manquait d’une certaine lisibilité – « Fuocoammare » est un éclatement d’esquisses de « reclus » locaux qui, habitants à l’extrémité de la Sicile sur l’île de Lampedusa , vivent en direct ou en différé la tragédie qui s’abat sur eux tous les jours depuis maintenant 20 ans : la dérive macabre de centaines de réfugiés Africains en pleine mer, chétifs, mourants ou ayant déjà succombé aux conditions épouvantables de leur traversée.

Frère d’un Patricio Guzmán, transcodeur d’un cinéma documentaire embelli par le numérique, Rosi, en véritable arpenteur de « la géographie humaine », fait plus fort encore en nous faisant oublier dans « Fuocoammare » toutes ses contraintes, qu’elles soient liées aux dimensions de la salle, lieu d’accueil idéal de ses gigantesques tableaux, ou à la raréfaction de la parole, qui laisse toujours poindre des virgules de fiction dans un style très profane.

Pour finir, voici les bandes-annonces de deux autres films passant par Lampedusa qui me sont revenus :

TORNANDO A CASA (2001) et MEDITERRANEA (2015)

« Fuocoammare » est actuellement diffusé à Nice au cinéma Rialto.

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Rentrée de films : Aquarius

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Sonia Braga dans « Gabriela, Cravo e Canela » (1983).

« Aquarius », c’est l’histoire d’une femme de 65 ans, Clara, une ancienne critique musicale à la retraite vivant dans un bel appartement à Recife, au Brésil. Le film raconte l’attaque d’un groupe immobilier pour la déloger de son habitation, alors qu’elle est la dernière à refuser de partir. Bras de fer entre une grande entreprise qui se donne bonne conscience et montre vite sa roublardise et une femme digne, défendant ses valeurs et ses souvenirs.

Sonia Braga, il n’y a pas d’autre mot, m’a complètement époustouflé. Cette comédienne que je connaissais mal fait preuve dans ce film d’une grâce, d’une élégance, d’un caractère et d’une justesse de jeu tout à fait remarquables. (…) elle dégage une sensualité et une beauté tout à fait palpables. On ne pourra pas d’ailleurs en parler sans évoquer ses cheveux, de longs cheveux noirs soyeux, qu’elle se plaît à attacher et détacher au gré des scènes, un élément si caractéristique de son personnage qu’un chapitre entier de l’histoire porte ce nom : « Les cheveux de Clara ».

Plusieurs choses m’ont touché : d’abord le parcours de ce personnage, cette femme qu’on découvre jeune, survivante d’un cancer du sein, encore un peu insouciante mais toujours sous le choc. En quelques scènes, on la retrouve âgée, les traits de l’expérience marquant les épisodes de sa vie. Il y a une paix intérieure, une flamme entretenue. Elle a envie de vivre encore, d’aimer, d’être désirée, de défendre quelque chose.

(…) Clara se dresse contre ce modernisme qui détruit, qui entend balayer le passé et avec lui la dignité des gens. Elle ne cédera pas ce qu’elle aime contre un gros chèque, elle ne veut pas perdre ses plaisirs simples, la plage aux vagues rugissantes où elle va se baigner tous les matins sous la surveillance amoureuse d’un jeune maître-nageur. Et puis elle dénonce. Le simple refus ne suffit pas pour ces gens-là, elle doit s’opposer, prendre parti, attaquer à son tour. La dernière scène est superbe, elle grandit encore la beauté du personnage dans sa droiture, dans son amour-propre.

Le film est touchant par le portrait qu’il offre des protagonistes, tout en finesse, en bienveillance, mais aussi des lieux. Ces moments de marche sur la plage sont si reposants, les atmosphères, les couleurs vives des décors envoûtent, du coeur de Recife aux bidonvilles. L’humour fait mouche, et on s’attache rapidement à la marginalité de Clara qui sonne au fur et à mesure comme un état irrévocable de sincérité. »

Extrait de l’article de mai 2016 de Raphaël, disponible dans son intégralité ici : « Age of Aquarius »

 

Toni Erdmann, justement

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Sandra Hüller (Amour fou) et Peter Simonischek dans « Toni Erdmann ».

Sorti à la fin du mois d’août, « Toni Erdmann », le film de l’Allemande Maren Ade, qui se maintient toujours à l’affiche, a produit, depuis sa présentation à Cannes en mai dernier, une pléthore d’articles et d’entretiens dans la presse française.

Curieusement, et malgré la finesse d’analyse de nombreux critiques enthousiastes, aucun commentaire ne m’a réellement renvoyé au sentiment que j’avais pu éprouver en voyant le film… Sauf un : celui de la cinéaste Claire Denis, auteure d’un dangereux chef-d’œuvre « Trouble Every Day » (2001), que viennent de publier les Cahiers du cinéma dans leur numéro de septembre.

Parce qu’elle parle d’un rire qui lui a serré la gorge, Claire Denis tord le cou à la réputation follement comique de « Toni Erdmann », que Maren Ade n’avait jamais imaginé ni même souhaité, et replace le film dans sa juste sphère, indécidable comme le facteur humain, sujet d’actualité en pleine érosion (cf. « Nocturama », l’ennemi intérieur).

Indisponible en ligne, je vous l’ai spécialement scanné : « Es-tu humaine ? »