Peurs sur la ville

Bien avant l’attaque meurtrière au camion-bélier de Nice le soir du 14 juillet 2016 sur la Promenade des Anglais – tragédie ayant inspiré à Raphaël un court-métrage en forme de pas de côté, Racines, en 2018 -, Quicksand, tourné quelques mois avant les attentats du 11 septembre 2001 aux Etats-Unis, et privé par conséquent de sortie pendant deux ans, s’était risqué à mettre en scène à Nice l’assassinat d’un élu en pleine cérémonie du 11 novembre (1), par un sniper depuis un balcon. Le mode opératoire ne date certes pas d’hier, qu’il rappelle Chacal (1973) de Fred Zinnemann, sur les nombreux attentats organisés contre le Général De Gaulle dans les années soixante, ou le célèbre meurtre du Président Kennedy, tué par balles le 22 novembre 1963 à Dallas, terreau inépuisable de la fiction contemporaine, mais ne manque pas de sel une fois replacé dans son contexte scénaristique, l’attentat est organisé afin de protéger un réseau mafieux international d’un contrôle financier, et de production, qu’on dit proche des pratiques dénoncées par le film lui-même, à savoir l’investissement frauduleux et l’utilisation détournée d’une société de cinéma installée aux Studios de la Victorine, devenus dans l’histoire un haut lieu de la pègre et de la traite des blanches.

Tout aussi extravagante, la folie meurtrière qui s’abat sur Nice dans Sans mobile apparent de Philippe Labro, quatre personnes exécutées en quarante-huit heures, au fusil silencieux, en plein jour et aux yeux de tous, se fait quant à elle l’écho de la menace terroriste des années de plomb naissantes. Au carrefour d’innombrables influences, de l’esthétique sanguinolente des séries B italiennes à l’engouement médiatique suscité par les meurtres rituels de Charles Manson, au moins huit commis par Manson et son clan dans les environs de Los Angeles en 1969, Sans mobile apparent est certainement l’un des premiers films policiers à dessiner aussi nettement la figure du tueur en série moderne. Sorti sur les écrans français le 15 septembre 1971 (2), soit cinq mois avant L’Inspecteur Harry de Don Siegel, avec un autre tueur psychopathe sévissant dans une grande métropole, le film fut aussi le premier, et visiblement le dernier, à avoir su dominer les forces et les contradictions de Nice, éternel terrain vague du cinéma français, et à l’avoir dépeinte sans fioritures ni paresse. Souvent artificielle et fugitive, elle est ici filmée dans toute son étendue et sa diversité, définitivement atypique, partiellement dérangée, et avec une propension au pastis vertigineuse, propre à stimuler l’inventivité d’un Labro cinéaste comme jamais.

« Dans Sans mobile apparent (1971), on peut penser que j’ai reproduit inconsciemment certains gestes ou choses que j’ai vues ou cru voir à Dallas, Texas, à l’époque de l’assassinat de JFK, que j’avais couvert pour France-Soir. Quand les flics parlent entre eux dans le film, avec le pistolet à la ceinture, ou quand l’inspecteur Carella, joué par Jean-Louis Trintignant, se met en position de tirer, avec la main libre en arrière, je ne les mets pas en scène comme des flics français, mais comme ceux que j’ai vus en Amérique, qui eux-mêmes ressemblaient aux flics des films noirs américains que j’avais aimés. La passion que j’ai développée pour l’action et le geste, en cinéma comme en littérature, est la marque évidente de mon expérience texane… Kennedy, son meurtre, les flics, l’ambiance, l’inattendu, la tragédie, se trouver aux Etats-Unis à ce moment-là, tout ça a pénétré mes films, et non seulement Sans mobile apparent, mais aussi L’Héritier (1973) et L’Alpagueur (1976), mes deux polars avec Belmondo. Avec Sans mobile apparent, qui est l’adaptation d’une série noire d’Ed McBain, « 10 plus un », se déroulant dans une ville fictive ressemblant à New York, j’ai fait de l’Amérique la France et j’ai imaginé que la Côte d’Azur pouvait être la Californie. » – Philippe Labro, propos résumés tirés des bonus de l’édition vidéo de Sans mobile apparent, Studiocanal, 2018.

(1) L’attentat du film devait à l’origine se dérouler un 15 août et célébrer la libération de Saint-Tropez par les Américains, avant qu’une défaillance météo pendant le tournage n’impose le choix d’une commémoration hivernale, comme le raconte Denis, qui a figuré dans la scène.

(2) Il est présenté à Nice, où le film a été intégralement tourné, le même mois, en présence de Philippe Labro, au cinéma Paris-Palace. En 2019, Labro reviendra présenter Sans mobile apparent à Nice, cette fois en copie restaurée, à la Cinémathèque, qui pour l’occasion projettera des coulisses inédites du film enregistrées au port.

Retour sur Yann Piat, …

chronique d’un assassinat (2012) et son tournage dans le Var.

Antoine de Caunes porte Yann Piat à l’écran

Var-Matin / juin 2011

Var-Matin vous entraîne sur le tournage du téléfilm qui retrace l’ascension fulgurante de la députée du Var, assassinée le 25 février 1994 par la « bande du Macama »


Après des semaines à effectuer des repérages dans le Var, à s’imprégner de l’histoire, Antoine de Caunes n’avait qu’une hâte : tourner ! Enfin. Aussi, hier matin, c’est un homme « soulagé comme à chaque début de tournage » que nous avons rencontré au sommet de la colline de déchets qui domine le Magic World d’Hyères. Jamais tout à fait sérieux, l’intéressé, un léger sourire aux lèvres, se permet ce petit commentaire : « A un moment, il faut passer à l’action. C’est un peu comme dans le sport, ou… l’amour. »

« Un vrai film noir » Depuis lundi donc, l’ancien trublion de Nulle part ailleurs est aux manettes sur le tournage de Yann Piat, chronique d’un assassinat. Son sixième film en tant que réalisateur. Un long-métrage « événement », qui retrace le brillant parcours politique de Yann Piat entre 1988, au moment de sa réélection comme députée du Var sous l’étiquette Front national, et le 25 février 1994, date de son exécution par ceux que les médias appelleront les « bébés flingueurs ». Un film « casse-gueule » aussi. Très éloigné de l’univers comique qui fit connaître Antoine de Caunes au grand public. Ce n’est pas fait pour lui déplaire. « J’adore mélanger la fiction et la réalité. Cette histoire m’a semblé intéressante à tourner. C’est un vrai film noir et ça raconte des choses très contemporaines. »

Un casting très crédible. S’il est encore trop tôt pour juger de la qualité du téléfilm, qui sera diffusé dès l’an prochain sur Canal +, le casting, lui, est on ne peut plus juste. André Wilms, comme Jean Benguigui apparaissent comme des évidences dans les rôles respectifs de Maurice Arreckx et de Joseph Sercia, deux des principaux protagonistes de l’affaire Yann Piat. Ceux qui assistaient, hier matin, à la scène où l’ancien maire de Toulon et ex-président du conseil général explique, sur fond de presqu’île de Giens, son projet de port et de marina en lieu et place des salins, ont cru faire un bond dans le passé d’une vingtaine d’années.

Idem l’après-midi avec Antoine Coesens, alias Dominique Vescovali. Multipliant les prises de vue sous différents angles, l’ancien directeur de campagne de Yann Piat a d’ailleurs passé un sale après-midi à l’aéroport de Toulon-Hyères en mauvaise compagnie de trois hommes de main du parrain du Var Jean-Louis Fargette… Fiction ? Réalité ? Antoine de Caunes n’aura pas mis longtemps en tout cas à plonger dans le vif su sujet. Jusqu’au 8 juillet prochain, sa caméra s’immergera un peu plus chaque jour dans les heures parmi les plus sombres du Var. Le tournage de l’assassinat de Yann Piat, interprété par Karin Viard, est programmé, lui, dès la semaine prochaine. ■

 

Antoine de Caunes

Nice-Matin / 22 avril 2012

J’adorerais pouvoir dire que j’ai été menacé, ou raconter des trucs croustillants sur le tournage, mais non. On a eu les autorisations qu’on voulait, l’aval de la famille, l’appui de la Ville d’Hyères et la bienveillance de ce qui subsiste du milieu de l’époque. Même les actuels propriétaires de sa maison ont poussé l’amabilité jusqu’à nous laisser tourner dedans. C’était important, pour moi, de m’approcher au plus près des vrais décors. Les Hyérois ont, je crois, été touchés qu’on s’intéresse à cette histoire qui a laissé des traces…

Souvenirs de figuration

  • Photo et fiche de tournage par Denis :

La panade niçoise de Roger Avary

Dans un très long entretien de Thomas Révay avec Roger Avary, réalisateur de Killing Zoe (1993), des Lois de l’attraction (2002) et Oscar du meilleur scénario original pour Pulp Fiction en 1995, paru dans le n°8 de Ciné Bazar (juin 2020), le cinéaste canadien racontait comment il avait passé un des pires moments de sa vie en tentant de tourner le pilote d’une série hypothétique à Nice aux Studios de la Victorine, Mr. Stitch. Pilote devenu bon gré mal gré un long métrage (en photos) après le sabotage de la série par ses financeurs. Nous citons ici le passage concernant ce film dans son intégralité.

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Parlez-moi de Mr. Stitch : Le voleur d’âmes (Mr. Stitch, 1995), la série TV avec Rutger Hauer. Que je n’ai hélas pas vue !

Ce n’était qu’un pilote de série, à l’origine. Pour moi, ça s’appelle Avary ‘s Folly ! Dans mon esprit, c’est le titre. J’étais comme soûl en raison de mes succès dans le milieu. Nous n’avions même pas encore fait Pulp Fiction, c’était en cours. Je crois que le film était sur le point de sortir et il y avait tout ce buzz autour. C’est à ce moment-là que j’ai fait Mr. Stitch. Une société m’avait contacté et voulait me faire réaliser ce pilote pour la télé… C’est ce qu’on appelait un backdoor pilot : ça a presque la durée d’un film mais avec des pubs au milieu. Le plan de financement pour le projet était international. J’ai écrit un script aussi vite que possible. J’avais envie de tout abandonner et de venir vivre en France. Pour prendre la direction des studios de la Victorine, à Nice, qui étaient abandonnés à l’époque. Si je me rappelle bien, on venait d’y tourner des séquences de Under the Cherry Moon [1986], le film de Prince. Et le frère de Michael Douglas était dans l’affaire mais il a laissé tomber. La législation française l’y a poussé. Les studios ne pouvaient servir qu’aux médias et à la production de divertissements. J’avais cet ami français à la fois agent et producteur, et notre objectif était de racheter ces studios. Il nous fallait donc un projet de série. Pour une raison simple : quand tu as une série qui marche, tes affaires sont assurées. C’est stable. L’idée était donc de faire une série et de l’utiliser comme source de financement pour le reste. J’avais un rêve d’indépendance, je voulais sortir du système hollywoodien et faire à ma manière… Je voulais faire ça dans le sud de la France, et ce n’est pas le pire endroit de la terre où vivre. Et j’ai un côté romantique. Quand je voyais les studios de la Victorine, rien que ses portes en bois dont tu pouvais voir l’usure à l’endroit où l’on place sa main pour ouvrir. Tant de personnes avaient ouvert ces portes… C’est là que La Nuit américaine [1973] a été réalisé. Et Truffaut avait travaillé avec Rémy Julienne. Bref, faire Mr. Stitch dans ces studios a été une entreprise pleine d’espoir, lancée dans une sorte d’extase. Je ne l’avais jamais envisagée sous la forme d’un long métrage. Mais une fois dans les studios, j’ai rapidement compris pourquoi ils sont si difficiles à utiliser. Il y a l’aéroport de Nice à proximité et les avions qui en décollent passent juste au-dessus, à basse altitude. Ça produit un énorme « FFFRRRRRRRRRRRRRRRRRRSSSHHHHHHHHH ». Et c’est toutes les deux minutes comme ça ! En prime, le plateau de tournage a la forme d’une antenne parabolique et il est situé juste en dessous de la trajectoire des avions, il n’y a aucune isolation acoustique sur le toit. Impossible de faire une prise correcte. Évidemment, on s’en aperçoit très vite… Par la suite, pendant environ trois mois, j’ai tenté de convaincre le ministre de la Culture de l’époque de faire changer la trajectoire des avions, pour que les studios puissent revivre. Apparemment, c’était impossible. Mais j’ai essayé ! En vain : j’ai vite compris pourquoi personne ne parvenait à exploiter les studios. Tout ça a largement contribué au désastre qu’a été ce projet. C’était un véritable cauchemar ! Je me retrouvais avec ce budget très limité et je souhaitais donner de la liberté aux acteurs… Or, quand tu travailles avec ce type d’acteurs, comment dire ? Ce sont des chevaux sauvages.

Vous parlez de Rutger Hauer, non ?

Tu as tout compris. J’adore Rutger, mais c’est un homme incontrôlable, un animal sauvage. C’est une bête, et je le dis dans le meilleur sens du terme ! Ce n’était vraiment pas simple de travaille avec lui. Il ne respectait pas les autres. Je donne toute la liberté du monde à mes acteurs, ils font ce qu’ils veulent. Mais tant que ça ne nuit pas aux autres acteurs impliqués. Il est de mon devoir de les protéger ! Rutger se pointait et inventait ses répliques. Il n’avait pas lu le script. Il improvisait comme ça lui venait et disait ce qu’il avait envie de dire. Personne ne savait comme se comporter face à ça. C’était vraiment très compliqué. Et quand, par chance, nous arrivions à faire une bonne prise : « FRRRRRRRSSSSSSSHHHHHH! » [Rires.] Concrètement, tout ce qui était susceptible de mal se passer s’est mal passé. Un jour, vers la fin du tournage, je suis sorti prendre l’air. Et c’est là que j’ai vu que la production était en train de faire cramer nos décors. Le foyer était gigantesque, tout cramait ! J’ai hurlé : « Mais c’est quoi ce merdier, on a besoin de nos décors pour la série ?! » J’ai instantanément compris que ça n’allait jamais devenir une série.

La production a fait brûler les décors ?!

Oui… La société de production qui finançait le truc n’y croyait pas. J’en ai eu le cœur brisé.

Personne ne vous avait prévenu, vous êtes juste tombé sur des individus en train de brûler les décors ?

Non, personne ne m’avait prévenu ! Ça a été une expérience atroce. Et pourtant, j’avais déjà réalisé Killing Zoe, qui n’avait pas été simple. Mais aucun film n’est facile à réaliser. C’est un processus épuisant et quasiment impossible à mener à bien. Cela dit, Killing Zoe a été dur à faire mais ç’a été une incroyable expérience. Rencontrer tous ces talents et faire des découvertes sur soi… Je pensais que tous les films seraient comme ça. Et puis j’ai réalisé que ce n’était pas le cas. A ce moment-là, avec Mr. Stitch, je me suis dit que si ça pouvait aussi mal se passer, je n’étais plus du tout certain de vouloir continuer dans ce métier. J’ai pris mes distances avec le cinéma pendant une période. J’ai laissé tomber et j’ai écrit. Je ne savais faire que deux choses, tu sais : travailler dans un vidéo-club et gagner ma vie en tant que réalisateur écrivant des films. J’avais pris conscience que les choses pouvaient vraiment mal tourner. En particulier avec ma façon de faire. C’est une méthode pleine de dangers, elle n’est pas très « carrée ». Il m’arrive de tâtonner, parfois sans trop savoir. Et quand tu donnes à quelqu’un de la liberté et que tu explores… il peut arriver que la maison ne soit pas bâtie correctement. Ton idée de base peut se retrouver pervertie. A l’image de ce projet avec Rutger auquel je tenais tant. A mes yeux, c’était l’occasion inespérée de faire une série philosophique. Je visais quelque chose de l’ampleur du Prisonnier [The Prisoner, 1967-1968], avec Patrick McGoohan, ma série préférée. Quand la production s’en est aperçue, ils se sont dit : « Mon Dieu, mais nous ne voulons pas faire une série comme Le Prisonnier ! » Eux, ce qu’ils voulaient, c’était un machin à la Capitaine Furillo [Hill Street Blues, 1981-1987] ou une autre série à succès du moment… C’était l’âge d’or des chaînes de télé, elles étaient toutes-puissantes.

Malgré tout, êtes-vous fier du résultat aujourd’hui ? Vous recommanderiez le film ?

C’est mon monstre de Frankenstein pour être tout à fait franc. Et comme Frankenstein, j’ai tenté de tuer ma créature. Le tournage s’est mal terminé… Dans le montage final, les moments prévus pour placer les publicités ne sont jamais au bon endroit. J’avais prévu divers fondus au noir pour les intercaler mais aucun n’a été utilisé. Les publicités se sont retrouvées placées en plein milieu des scènes. Franchement, tout est désastreux dans ce film. Je suis incapable de le regarder sans me rappeler à quel point le tournage a été horrible. C’est d’ailleurs grâce à cette expérience que j’ai compris quel type de réalisateur je suis. Un film est nécessairement marqué par le temps passé à le réaliser, par les émotions ressenties durant le tournage. Toutes ces émotions sont transférées dans le film lui-même. Et quand je regarde ce film, je ne vois que de la douleur. D’ailleurs, je ne l’ai pas vu depuis des années et je ne sais pas si je serai capable de le revoir un jour.•

« Je suis maintenant une mamie, …

Barocco

… mais le début de mon histoire d’amour avec mon compagnon commença au cinéma Paris Palace sur l’avenue Jean Médecin, il y a plus de quarante ans. Après notre coup de foudre, nous décidions, lui et moi, de passer une première soirée en amoureux dans cette belle ville de Nice. Au programme : un film, Baroccoau Paris Palace, suivi d’un petit resto dans un local typiquement niçois, alors situé passage Négrin. Je ne peux passer aujourd’hui devant cette ancienne salle sans penser à nos doux moments de complicité. Voilà une chose bien banale, mais si chère à mon cœur. »

Maryse, Nice, 2019.

Le cinéma perdu de Saint-Laurent-du-Var

Allée des studios

LES STUDIOS. Si de nos jours, plus grand monde n’associe Saint-Laurent-du-Var, commune de moins de 30 000 habitants limitrophe de Nice, au cinéma et en particulier aux tournages de films, ce ne fut pas toujours le cas.

Des studios voient le jour à Saint-Laurent dès la période du muet sur la rive droite du fleuve du Var, proches géographiquement des Studios de la Victorine de Nice, situés rive gauche. Accueillant essentiellement des productions françaises, les studios de Saint-Laurent-du-Var sont encore en pleine activité à la fin de la Deuxième Guerre Mondiale. Détruits en août 1944 par les bombardements alliés visant à détruire le pont du Var, les studios ne seront jamais reconstruits.

Un chapitre illustré a été consacré aux studios dans un livre sur Saint-Laurent-du-Var en 2012. Chapitre que voici : Saint-Laurent-du-Var (Coll. Mémoire en Images, Editions Alan Sutton) [PDF]

En haut, L’unique renvoi au passé cinématographique de la commune : l’allée des studios. (Photo : Denis)

Cap 3000LA SALLE. Très changé depuis son inauguration, sa superficie a doublé en 2019, Cap 3000, le plus grand centre commercial d’Europe en 1969 (voir carte postale), et désormais le plus vieux, voisin de l’Aéroport de Nice, qui doit son nom à son parking « cap/capacité 3000 places », était à l’origine bien plus qu’un village de magasins et de grandes enseignes. C’était aussi un lieu de détente et de loisirs plein de modernité et de fantaisie, proposant notamment une salle de cinéma.

« Au tout début, il y avait un cinéma de quatre cent places dans Cap 3000, à l’angle Nord-Ouest du bâtiment. Il y avait aussi deux piscines au premier étage. Sous les piscines, au rez-de-chaussée, se trouvait un bar, Le Drugstore, avec, au milieu, une piste de danse dont le plafond était troué de grands hublots permettant de voir les nageurs des piscines au-dessus… Toute une époque ! » (Yvan D.)

Cap 3000 c 1

Cap 3000 c 2

Ci-dessus, Le cinéma de Cap 3000 dans « Il y a 49 ans, le centre commercial Cap 3000 naissait dans les Alpes-Maritimes » [Vidéo]

En l’absence de suffisamment de public, qui préfère alors les cinémas de quartier, la salle ferme assez rapidement. Si l’idée de refaire un cinéma à Cap 3000 a flotté durablement dans les esprits, l’ouverture en 2015 du centre commercial concurrent Polygone Riviera, à huit kilomètres de là, avec son multiplexe de dix salles, le Cap’Cinéma, devenu en 2017 le CGR Cagnes-sur-Mer Polygone Riviera, mettra un terme à cette vieille lubie.

L'Arme à gauche (Affiche)

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UN FILM. Deux scènes, une de nuit, l’autre de jour, dans L’Arme à gauche (1965) de Claude Sautet (voir diaporama), une coproduction franco-italienne avec Lino Ventura, Sylva Koscina et Alberto de Mendoza dont l’intrigue se déroule aux Caraïbes, ont été tournées à Saint-Laurent-du-Var pour figurer une zone portuaire isolée, dans ce qui semble être le chantier encore balbutiant de Cap 3000. Outre le terrain retourné du futur centre et sa plage, un plan tourné à proximité est à relever : celui de la voiture roulant en direction de Nice, au niveau du tri postal de l’aéroport, après la traversée du pont du Var. Un axe bien connu des Niçois et des Laurentins, qui lui n’a pas beaucoup bougé, et que Sautet avait déjà filmé en sens inverse dans Classe tous risques, cinq ans auparavant !

Visite chez les morts (2)

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Dernière résidence de Gaby Morlay* et de son mari, Max Bonnafous, dans le petit cimetière de Saint-Antoine-de-Ginestière, sur les hauteurs de Nice-Ouest, visité le mardi 2 avril 2019. La date de naissance, l’épitaphe, célèbre en son temps, les deux rideaux de photinia y sont, mais, pour elle, pas de date de décès. Rencontré dans une allée voisine, le graveur de pierre qui s’était occupé des travaux de la tombe
Visite chez les morts (1)

*G. Morlay en films sur BDFF

Presqu’incognito

A Nice

Alberto Sordi à Nice
2.12.1981 / Alberto Sordi, invité du festival du cinéma italien de Nice, à l'entrée du Gaumont Palace (aujourd'hui Pathé Masséna) pour un remake improvisé de "L'Agent/Il vigile" (1960), entouré de Donatella Damiani, à sa droite, et d'Andréa Ferréol, à sa gauche, sous l’œil de Raph Gatti.
Carrie Fisher et Paul Simon en 1983 à Nice (4)
20.9.1983 / Carrie Fisher et Paul Simon, alors jeunes mariés, posant promenade des Anglais pour l'agence Gamma.
Agnès Varda à Nice en 2017 par Mauro Alpi
21.11.2017 / Agnès Varda longeant les terrasses des restaurants du cours Saleya, repérée par Mauro Alpi.

Rémy Julienne Côte d’Azur

« Rémy Julienne Côte d’Azur », c’est comme ça qu’on appelait le repère des cascadeurs aux Studios de la Victorine où Rémy Julienne, le plus grand coordinateur de cascades du siècle dernier, en tournage dans la région, venait préparer le matériel et ses équipes.
Une époque révolue dont nous avons rassemblé quelques traces…

/ Images inédites de Rémy Julienne présentant des démonstrations de cascades à Jacques Chirac et Jacques Médecin aux Studios de la Victorine enregistrées en 1988 par Emile Martin, tournant pour la première fois en vidéo, après le 16 mm, ses archives de la Victorine.

/ Extrait de notre entretien avec Didier Brulé, cascadeur ayant travaillé près de trente ans avec Rémy Julienne – il avait d’ailleurs été mobilisé pour les démonstrations de la vidéo précédente -, à Nice et dans le monde entier. Intégralité de l’entretien disponible sur commande : DVD « Cinéma à Nice ».

Maximum Risk

/ Une interview que nous avons retrouvée et scannée (hélas avec quelques dommages pour certaines photos en bas de page) de Rémy Julienne accordée au magazine S.F.X. à propos du tournage de Risque maximum (1996) à Nice et à Villefranche-sur-mer : « Entretien avec Rémy Julienne – Cascades automobiles ».

A propos de Terence Young

Terence Young, tournage de MEYERLING - CopieTerence Young, au centre, tournant Mayerling (1968). Photo restaurée par Prise 2, coll. privée M. Borghesi. [Légende en cours]

« A l’époque où Terence Young travaillait à Nice, entre les années soixante et soixante-dix, son bureau de production se trouvait dans la villa des Studios de la Victorine. Ça s’appelait « Terence Young Private ». En homme de cinéma, Young pensait qu’il allait faire repartir les studios. Il y a réalisé quelques films, dont L’Arbre de Noël (1969) avec Bourvil, mais, bien qu’il se soit entendu avec la direction, son action fut limitée et il a finalement quitté les lieux au bout de quatre ou cinq ans.

Une fois parti de la Victorine, Young a laissé beaucoup d’affaires derrière lui. Fernand Bernardi, accessoiriste aux studios, avait récupéré tout ce qu’il avait laissé dans la villa. Il y avait entre autres une copie 35 mm optique des Amazones* (1973), un film de Young, en version originale, qui faisait six boites, que m’a donné Fernand et qui est maintenant à la Ville de Nice.

Peu après la mort de Young, j’avais participé à une soirée-hommage organisée par son épouse Sabine Sun**, dans leur maison sur les hauteurs de Cannes***. Avec Michel Cinque, on avait réalisé pour l’événement un montage des films qu’il avait tourné ici, ce qui avait pris deux jours. La soirée s’était déroulée en marge du Festival de Cannes de 1995. Tout le gratin présent au festival s’y était rendu. Et c’est moi qui m’était chargé de la projection vidéo, au bord de la piscine. »

Propos d’Emile Martin, recueillis par Prise 2 en 2019.

*Maurice Borghesi, tapissier aux studios, s'était quant à lui vu offert les positifs des photos de tournage des Amazones et du film inachevé de Young réalisé à la Victorine, Jackpot (1975), auquel il avait participé, au moment du départ de Young.
**Actrice, née à Antibes, elle a joué dans la plupart des films de son mari à partir de 1970, dont Les Amazones.
**Young avait, avant de s'installer à Cannes, une villa à Antibes, située au 360-371 du chemin de la Mosquée, la Villa Houzée, qui existe toujours.

 

Entretiens Prise 2, n°2 (B)

Revenir à la partie A de l’entretien avec Jean Sorel

Jean Sorel aux RCC 2018
Jean Sorel, membre du jury des 31es Rencontres Cinématographiques de Cannes en 2018.

Quand vous tourniez à Nice, vous séjourniez à l’hôtel ?

Oui, au Negresco. Au début, quand on était un peu fauchés et que les défraiements n’étaient pas très importants, on louait à l’arrière du Negresco des appartements assez bon marché dans un hôtel meublé qui ne doit plus exister maintenant.

Ces appartements sont toujours là, mais je doute qu’ils soient encore bon marché… Vous vous souvenez d’autres lieux que vous fréquentiez à Nice ?

Après le port, il y avait des restaurants comme au-dessus de l’eau.

Oui, au Cap de Nice. Il y avait notamment le Coco Beach, qui a brûlé l’été dernier.

Je me souviens de ce restaurant. Et ils vont le reconstruire ?

Aucune idée. Vous deviez aussi manger au restaurant des Studios de la Victorine. L’ambiance y était très familiale, paraît-il. C’était un peu le village dans la ville, la Victorine, non ?

C’était très agréable d’être à la Victorine. On devenait très vite complices avec les gens, on se sentait acceptés. Des personnes qui y travaillaient se retrouvaient parfois figurants ou tenaient de petits rôles dans les films. Pas mal d’entre eux sont présents à l’image. C’était vraiment tout le contraire de Paris où la hiérarchie était omniprésente. Et puis à Nice, en plus de cette ambiance, il y avait le beau temps, le soleil. C’était un endroit où l’on avait envie de vivre, de venir tout le temps.

Vous n’avez plus tourné dans la région depuis les années quatre-vingt-dix.

Le dernier petit film que j’ai fait, « Drôles d’oiseaux » (2017), devait initialement être tourné à Nice, mais ça n’a pas pu se faire. Pourquoi, ça je ne sais pas.

Pourtant, quand on voit le film, on se dit que ça ne pouvait pas être filmé ailleurs qu’à Paris.

C’est bien la seule chose jolie du film, les promenades dans Paris le soir, avec cette photo incroyable de Renato Berta.

Le film ne vous a pas beaucoup plu.

C’était pas mal.

Mais vous vous attendiez à autre chose.

C’est souvent le cas au cinéma. Pas toujours, mais souvent. Entre le script que vous lisez, le tournage, le montage et ce que vous voyez à l’écran, très souvent, c’est le jour et la nuit.

Vous voyez les films que vous faites à leur sortie ?

Non, je ne le fais presque pas. Il y en a beaucoup que je n’ai jamais vu. Je n’aime pas du tout me voir au cinéma. Que je sois bien ou pas, là n’est pas la question.

Ça n’est pas votre place.

Non. Il y a des comédiens qui adorent ça, moi pas du tout.

Euphorie II
Il y a un téléfilm tourné à Nice que l’on mentionne rarement dans vos filmographies et que j’ai retrouvé : « Euphorie II » [photo ci-dessus], de 1979, produit par TF1.

Et réalisé par Philippe Ducrest (1). J’ai fait deux téléfilms avec lui dans la région [le second étant « Le Cercle fermé »]. Ducrest travaillait beaucoup pour la télévision. C’était quelqu’un de très gentil et qui adorait Nice. Il devait y avoir une maison ou quelque chose.

Au tout début du film, on vous voit dans le chantier du nouvel aéroport. Plus tard, vous survolez la carrière Spada en périphérie de la ville.

En hélico, oui !

C’est un endroit impressionnant que l’on voit aussi dans « Armagedon » (1977) avec Jean Yanne.

C’était pas mal « Armagedon », j’aimais bien Jean Yanne. Il y a un téléfilm que j’ai fait un peu après, avec un autre réalisateur, qui s’appelle « La Démobilisation générale » [photo ci-dessous] (1982), que j’aimerais beaucoup revoir, sur la lâcheté de la France en trente-huit, mais il est introuvable…

La Démobilisation générale

A propos d’introuvable, en regardant « Ça s’est passé à Rome » (1960) avec vous et Lea Massari, je me suis demandée ce qu’était devenue cette actrice. Après une si riche carrière, elle s’est arrêtée d’un coup.

Elle est partie vivre en Sardaigne. Un peu comme Brigitte Bardot, elle ne s’intéresse plus qu’aux animaux. Elle était belle, douée.

Elle raconte que c’est Monicelli qui l’avait forcée à faire du cinéma.

J’adorais ce type, Monicelli. Dans la vie, il était merveilleux. Moi, je n’ai jamais tourné avec lui, mais ma femme, Anna Maria Ferrero, si [dans « Les Infidèles » en 1953 et « Totò e Carolina » en 1955]. C’était avec Lizzani son metteur en scène préféré. Monicelli était incroyable de drôlerie, d’intelligence. Comme on dit en Italie, c’était « un gran paraculo » [un gros malin, en plus vulgaire]. Les Italiens avaient alors un grand sens du ridicule. Ils se moquaient de tout et de tous, y compris d’eux-mêmes. Pendant toute une période à Rome, quand on parlait d’un metteur en scène, on ne l’appelait jamais par son nom. Tout le monde avait un surnom. Quand je tournais avec Monica Vitti « Tue-moi vite, j’ai froid » (1967), le jeune metteur en scène du film [Francesco Maselli] était surnommé « il cretino prodigio » [le crétin prodige, en italien], quelque chose d’impensable en France ! Les Italiens ne respectaient rien, et ça c’était formidable. En revanche, quand un acteur ou une actrice célèbre mourrait, pendant la messe et à la sortie de l’église, là tout le monde applaudissait la mémoire de l’artiste dans une parfaite harmonie. C’était touchant à voir, comme universel. Ces deux facettes des Italiens, leur saine distance avec les choses et cette grande capacité de communier ensemble, m’ont toujours fasciné chez eux.

Les Italiens ont depuis beaucoup changé.

Peu à peu, le pays a changé. C’est l’arrivée du terrorisme qui a tout bouleversé. Les années 1970-1972 ont sonné la fin du grand cinéma italien. Beaucoup de scénaristes et de metteurs en scènes prestigieux n’ont plus travaillé, du moins plus comme avant.

C’est l’époque d’un cinéma plus défouloir, commercial, des gialli, on y revient.

C’était quand même un cinéma infiniment moins intéressant, les gialli. Moi qui n’avait jamais intéressé une revue comme les Cahiers du cinéma, n’ayant pas tourné avec la Nouvelle Vague mais avec des cinéastes qu’eux détestaient, les Duvivier, Autant-Lara et compagnie, ce n’est que très tardivement, à cause des films de Fulci, qu’ils sont venus me voir (2). Et ça n’est pas fini ! J’ai deux autres personnes en Italie qui m’ont téléphonées et qui veulent me voir pour parler encore de Fulci et d’autres films italiens de cette époque. C’était vraiment des films, comment dire…

… qu’on ne cherchait pas à revoir.

Non, non.

Il était tout de même très différent des autres, Fulci.

Fulci était un personnage très étonnant, extrêmement intelligent, qui détestait tout le monde. Il avait commencé comme scénariste de l’ombre pour Fellini, qui ne l’avait gardé que pour un ou deux films. Fulci s’était senti, je crois, blessé d’avoir été renvoyé aussi vite. Et puis il s’est lancé dans un tout autre genre de films. Lui aussi, personne ne l’appelait Fulci mais « maialino », « maialetto » [porcelet, cochonnet, en italien], parce qu’il n’était jamais soigné. Je vous dis, ils n’avaient pas des noms mais des surnoms ! Et ça c’était bien, parce que ça désacralisait les gens. Personne ne s’inclinait devant personne.

Aldo Lado n’était pas lui surnommé « Aldo laido » [Aldo le dégoûtant, en italien] ?

Lado ? Non, je ne m’en rappelle plus. J’ai fait un film avec lui [« Je suis vivant ! », 1971].

Un film très étrange…

Oui.

Vous ne pensez pas que ces cinéastes de films d’horreur, comme Fulci et d’autres, se sont vengés d’un système qui ne voulait pas d’eux en choisissant de faire ce cinéma-là ?

Il y avait en Italie le drame des « grands », les Fellini, Antonioni, Visconti, Germi, quatre ou cinq monuments. Et comme toujours avec les monuments, beaucoup avaient envie de les foutre en l’air et faire de la place aux autres. Les films de monuments étaient certes ce qu’ils étaient, souvent magnifiques, quelques fois moins réussis, mais restaient très chers à réaliser et ne rapportaient que plus rarement. Un film de Fulci était plus sûr de marcher tout en coûtant bien moins cher.

Vous avez fait un film avec Dino Risi [« Play-boy party », 1965]. Un cinéaste dont la profonde noirceur n’est pas si éloignée de celle des gialli…

C’était l’un des meilleurs. Risi n’avait rien à voir avec les autres. Son acuité, son intelligence, sa façon de se moquer des autres, tout était différent chez lui. A voir le cinéma de tous ces cinéastes, ça devait être des gens malheureux, quand on y pense. Je ne sais pas si Luchino [Visconti], Fellini ou Antonioni étaient heureux ou pas. Je ne pourrais pas le dire. Il était tellement chiant Antonioni qu’il ne devait pas être très heureux, surtout avec la Vitti qui lui collait aux basques ! Tue-moi vite j'ai froidJ’ai fait ce film avec elle, « Tue-moi vite, j’ai froid » [photo d’exploitation ci-dessus]. C’était dur, dur, dur. Maselli, « il cretino prodigio », le metteur en scène du film, avait été l’assistant d’Antonioni… Hélas, il a suffi que l’on commence le tournage pour que Monica [Vitti] ne soit jamais d’accord avec lui. Elle se dépêchait alors de téléphoner à Antonioni pour qu’il intervienne : « Dis à cet imbécile de me laisser jouer comme je veux ! » [en italien]. Une demi-heure après, Antonioni appelait Maselli pour le raisonner : « Ecoute, laisse-la faire. Elle connait bien son métier. Et pour toi c’est mieux, comme ça tu auras la paix. » Monica Vitti a été une actrice très bien, mais sur les plateaux c’était une emmerdeuse épouvantable. Elle l’a été avec tout le monde, sauf avec un.

Sauf avec son ami Alberto Sordi, je suppose.

Oui, Sordi. Il n’y avait que lui qui pouvait l’envoyer se faire foutre. Parce qu’il était plus important qu’elle et qu’il avait ce passé prestigieux qu’elle n’avait pas. Certes, elle avait les films d’Antonioni, mais à part ça…

L'Homme qui rit
Un peu avant ce film avec Monica Vitti, vous tournez « L’Homme qui rit » [affiche ci-dessus] (1966) avec Corbucci. Jouer quasiment sans visage a du vous marquer !

Ce genre de films, c’est vraiment l’enfer. Le maquillage prenait un temps inimaginable ! Corbucci était lui aussi un metteur en scène particulièrement étonnant, intelligent.

Bien qu’ayant énormément travaillé en Italie, on ne vous a quasiment jamais entendu parler italien à l’écran (3).

C’est parce que je n’ai jamais eu le droit de me doubler en italien. Même aujourd’hui, je ne pourrais pas le faire, pour une histoire de passeports. Des films italiens, j’en ai tourné en anglais et en italien. En anglais, je pouvais me doubler, mais en italien, impossible ! Au théâtre, j’ai joué en italien.

J’avais lu dans un article ancien que Jean-Louis Trintignant vous avait recommandé ou rendu service à vos débuts. Ça m’est revenu en relisant dans le train votre portrait dans les Cahiers du cinéma, où l’on apprend que Chabrol avait pensé à vous pour le rôle finalement tenu par Trintignant dans « Les Biches » (1968).

Je l’avais rencontré Chabrol, qui était très sympathique. Je n’ai hélas pas pu faire ce film, j’en étais désolé. Non, ça n’était pas Trintignant mais Jean-Claude Brialy qui m’avait conseillé à Mauro Bolognini quand il était venu à Paris pendant la préparation de « Ça s’est passé à Rome », une coproduction franco-italienne. Ils avaient apparemment du mal à trouver le jeune protagoniste du film. Jean-Claude connaissant Bolognini, il venait de tourner avec lui à Rome [« Les Garçons » en 1959], il lui a parlé de moi. Je l’aimais bien Jean-Claude, c’était un très bon acteur, quelqu’un de très drôle. Il était aussi formidable dans les films italiens.

Entretien réalisé à Paris le samedi 5 mai 2018 par Nives Sartori.
(1) Réalisateur de télévision, notamment de l’émission « Cinépanorama » de François Chalais dans les années cinquante,  il a tourné également dans les environs, en partie à Monaco, « Le Faux » (1974). Monaco, où il s’est occupé aussi de captations de spectacle, et notamment de celle du Turandot de Puccini à l’Opéra de Monte-Carlo en 1979 (source : Institut Audiovisuel de Monaco).
(2) « Jean Sorel, noirceur secrète » par Stéphane Du Mesnildot, in Cahiers du cinéma n°712, juin 2015.
(3) Sauf récemment dans Le cose che si perdono (2003) et L’ultimo Pulcinella (2008).