Nicolas Roeg a 89 ans

Roeg Bowie et Duncan Jones
Nicolas Roeg entouré de David Bowie et du fils de ce dernier, Duncan Jones – désormais réalisateur – à l’époque du tournage de « L’Homme qui venait d’ailleurs » (1976).

Né un 15 août 1928, nous célébrons aujourd’hui l’anniversaire du cinéaste britannique sans frontières Nicolas Roeg.

Pour cet hommage, nous vous avons préparé quelques mises en bouche qui nous l’espérons vous donneront envie de découvrir ses films, sinon de les retrouver.

 

Le chaos émotionnel

Décomposition du couple dans « Ne vous retournez pas » (1973) et « Enquête sur une passion » (1980), acting out qui dégénère dans « Walkabout » (1971), acte de barbarie dans « Eureka » (1984), il y a chez Roeg un sentiment très noir, un impensable qui agit sur l’image comme une déflagration.

Accidents mortels, suicides, meurtres, hallucinations, folie, tous les pires scénarios adviennent quand il ne sont pas terriblement devancés, prédits.

Labile, le cinéma de Roeg maltraite les temporalités pour exacerber notre profonde inquiétude face à la menace d’un futur déterminé à se venger du passé.

Roeg c’est aussi un style, celui du beau bizarre et de la modernité post années 60, qui, malgré la trop modeste place occupée par le réalisateur dans l’Histoire du cinéma, pourrait désigner à lui seul le renouvellement du cinéma classique et l’expression accrue de son inconscient.

 

Deux films clés

« Walkabout » (1971)Walkabout

Don't Look Now« Ne vous retournez pas » (1973)

 

Morceaux choisis 

(Extraits) « Enquête sur une passion » (1980) : Who are you

(Thème musical) « Ne vous retournez pas » par Pino Donaggio : Laura’s Theme

(Portrait) Nicolas Roeg dans « Senses of Cinema » : The Wanderlust of a Romantic Nihilist

« La Repentie » au Tajine

Ancien local restaurant Le Tajine
(1) Bâtiment de l’ex-restaurant Le Tajine, puis de l’hôtel Santa Lucia, en 2015 (photo Prise 2).

Après « La Fête espagnole » dans notre article précédent, nous faisons un très grand bond en avant, de plus de 80 ans, avec le tournage d’une autre fête, cette fois marocaine, celle du film de Laetitia Masson, « La Repentie », qui signait en 2002 le retour au cinéma d’Isabelle Adjani.

Tourné à Nice principalement au Negresco, sur la plage et sur la Promenade des Anglais, d’autres vues et rues de la ville furent également exploitées pour le film.

Des lieux bien connus des touristes, la gare centrale et, juste en face, l’Hôtel Interlaken, ou les boutiques de luxe de la rue Paradis (zone piétonne), et ceux seulement des autochtones, en périphérie, le marché de l’ex-Sonacotra (foyer dont on vient d’annoncer la disparition) et, à l’Ouest de la gare, le restaurant Le Tajine, au 74 boulevard Gambetta, à flanc du Consulat d’Italie.

Le restaurant fermera quelques temps après le passage du film pour devenir un hôtel, le Santa Lucia, qui mettra à son tour la clé sous la porte, circa 2010 (photo 1). Son bâtiment fut très récemment rénové et modifié pour accueillir des logements individuels et est désormais rattaché à une annexe plus haut sur le boulevard (photo 2).

Ancienne situation du Tajine
(2) Le 74 boulevard Gambetta de nos jours.

La fête marocaine de « La Repentie » est sans nul doute l’une des séquences les plus réussies et inattendues du film. Nous vous invitons à lire les pages ci-dessous évoquant son tournage par Michèle Halberstadt, productrice du film, tirées de son livre Adjani aux pieds nus. Journal de « La Repentie«  (Calmann-Lévy, 2002).

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Louis Nalpas présente…

« La Fête espagnole » (1920) réalisé par Germaine Dulac et tourné en grande partie à Nice fut produit par Louis Nalpas, fondateur avec Serge Sandberg des futurs Studios de la Victorine, encore en construction en 1919.La Fête espagnole

Avant de s’installer à l’Ouest de la ville à la place des actuels Studios Riviera, Nalpas avait quelques mois auparavant transformé la villa Liserb – domaine disparu aujourd’hui -, « un immense parc, agreste, montueux » situé dans le quartier de Cimiez, qu’il louait très peu cher, en quasi studios de cinéma.

Les jardins de la villa « contenaient un petit lac, un petit labyrinthe, deux grottes (dont une de « rocaille » tout à fait baroque), une orangeraie, un tennis, des communs très vastes, quatre pavillons de jardiniers et de gardes (trois entrées) et une ferme modèle (dans le vallon de Valrose) flanquée d’une sorte de prairie normande avec des arbres fruitiers, le tout dominé par une noble rangée de cyprès géants. Cette énumération peut donner l’impression d’une sorte de bric à bras sylvestre. En vérité, avec également ses roseraies, c’était un paradis, dont tous les cinéastes qui l’ont connu gardent un souvenir émerveillé ».

Lieu de tournage fantastique, la villa Liserb offrait également de « vastes locaux (…) et des dépendances » où « tous les ‘départements’ de la production purent s’installer », notamment des ateliers de décors et un laboratoire restreint « qui permettait de développer au jour le jour la pellicule et de contrôler immédiatement les résultats »(1).

Germaine Dulac, qui a été suggérée par Louis Delluc, pour mettre en scène son scénario, à Louis Nalpas, est une des rares réalisatrices, de surcroît indépendante, du cinéma muet.

« Elle débute sa carrière après des études musicales dans un journal féministe, La Fronde. En 1914, elle fonde avec son mari, le romancier Albert Dulac, et la romancière Irène Hillel-Erlanger, la « société des Films D-H ». Elle tourne alors « Sœurs ennemies » (1915), « Géo le mystérieux » (1916), « Vénus Victrix » (1916) et « Âmes de fous » (1917) avec Eve Francis, la fiancée de Louis Delluc »(2), qui sera la vedette de « La Fête espagnole ».

Nalpas acceptera de produire « La Fête espagnole », dont l’histoire doit se dérouler en Espagne, à la seule condition que le film se fasse entièrement à Nice. Outre quelques plans qui seront faits près de Fontarrabie, au pays basque espagnol, Germaine Dulac passera plus de 3 mois à la villa Liserb, d’août à novembre 1919, pour le tournage du film.

« La Fête espagnole » sortira sur les écrans français le 4 mai 1920. Ne subsiste en 2017 de ce film, d’une durée originale de 67 minutes, que 8 minutes, visibles dans les bonus DVD du coffret Louis Delluc édité en 2015.

The Illustrated London News (07.03.1896), p. 203
Les jardins de la villa Liserb en 1896.

 

(1) Propos de Jean-Louis Bouquet, employé de Louis Nalpas, cité par René Prédal in « Fondation et activités des Studios de la Victorine jusqu’en 1930 », pp. 3-4, texte en ligne.
(2) Anne-Elizabeth Dutheil de la Rochère, Les Studios de la Victorine, 1919-1929, Association Française de Recherche sur l’Histoire du Cinéma & Cinémathèque de Nice, 1998, pp. 77-78.

Georges Lautner dans le 06

PLAYLIST ici / Interviews et souvenirs de tournages dans les Alpes-Maritimes du réalisateur niçois Georges Lautner et de ses plus grands complices, Jean-Paul Belmondo, Pierre Richard, Marie Laforêt, le cascadeur Rémy Julienne, de 1975 à 1990.
On aura tout vu
Affiche serbe d’ « On aura tout vu » (1976).
Flic ou voyou
Affiche italienne de « Flic ou voyou » (1979).

Joyeuses Pâques

CELEBRE_LAUTNER
Sophie Marceau, Georges Lautner, Jean-Paul Belmondo et Marie Laforêt en tournage à la gare de Nice pour « Joyeuses Pâques » (1984).
Présumé dangereux (2)
Michael Brandon et Marie Laforêt dans « Présumé dangereux » (1990).
Présumé dangereux (3)
Mario Adorf dans « Présumé dangereux ».
Présumé dangereux
Robert Mitchum dans « Présumé dangereux ».